Le 16 novembre, 15 000 personnes ont défilé de la Gare du Nord à la place Jean Ray pour dénoncer l’illusion d’un cessez‑le‑feu à Gaza et en Cisjordanie. Sur le parcours, BAM ! a interrogé Maître Alexis Deswaef, nouveau président de la FIDH, présent début octobre sur la flottille pour Gaza arraisonnée en mer par l’armée israélienne.
[La prise de son en manifestation étant critique, voici la retranscription de cette interview]
Bonjour monsieur Deswaef.
Bonjour.
Pouvez vous me dire pourquoi c'est important encore aujourd'hui de continuer à manifester alors qu'il y a eu cessez‑le‑feu? Pourquoi est ce qu'on est encore là ?
Alors le cessez‑le‑feu, il était important, il était urgent pour les Gazaouis, mais il ne règle rien.
Il y a toujours des morts, des tués à Gaza par l'armée israélienne qui n'arrête pas de rompre le cessez‑le‑feu. Il y a toujours un manque criant d'aide humanitaire. Ils vivent dans des campements de tentes alors que l'hiver arrive.
La situation d’urgence humanitaire, elle, est toujours là. Par ailleurs, il y a toujours la politique de colonisation israelienne qui occupe la Palestine, cette politique d’apartheid. On voit aussi en Cisjordanie les colons qui sont de plus en plus agressifs, qui chassent les Palestiniens. Et donc, il faut continuer à se battre pour les droits du peuple palestinien. On ne peut pas, en Occident, soutenir la solution à deux États sans exiger le respect du droit international, demander la fin de l’occupation, la fin de la colonisation. Et donc il y a une responsabilité d’un pays comme la Belgique et de l’Union Européenne, à faire tout ce qu’on peut pour soutenir les droits du peuple palestinien.
Et qu'est ce qu'on peut dire à ces gens qui disent que ces accusations de génocide sont fallacieuses parce qu’il y a plus de Palestiniens aujourd’hui qu’il y en avait il y a vingt ans ?
Si ce n'était pas aussi grave et aussi dramatique, on pourrait en rire. Tous les juristes un tant soit peu sérieux dans le monde arrivent à la même conclusion. Les éléments constitutifs du génocide sont malheureusement bien réunis. Je fais partie de celles et ceux qui aimeraient bien dire qu'il n'y a pas un génocide en cours à Gaza.
Malheureusement, il y a un génocide en cours et ce n'est pas fini. Et donc les organisations internationales de défense de droits humains le disent, les Nations unies le disent. Commission d'experts indépendants des Nations unies, donc des professeurs d'université, ceux qui nient encore aujourd'hui le génocide, ce sont celles et ceux qui reprennent le narratif du gouvernement israélien, voire qui sont complices du génocide en cours, parce qu'il arrive un moment où on devra juger les auteurs du génocide, mais aussi les complices du génocide.
Et en Occident, il y a des pays qui sont complices du génocide en cours, il y a des entreprises qui sont complices du génocide. Et donc nous, nous estimons à la FIDH, la Fédération Internationale pour les droits humains, qu'il faut absolument travailler à mettre fin à l'impunité parce que c'est l'impunité qui nourrit les crimes suivants. Et donc il faut juger les responsables du génocide et leurs complices.
Alors, on est en deux mille vingt cinq et c'est déjà cent cinquante ans que la colonisation a lieu en Palestine. Comment est‑ce qu’on pourrait interrompre ce projet anachronique de colonisation qui continue encore aujourd’hui et qui semble aller jusqu’au bout ?
La seule sortie possible, c'est de veiller au respect des droits du peuple palestinien et appliquer le droit international.
Notre boussole commune à l'Europe notamment, doit être l'application du droit international, comme on le souhaite pour l’Ukraine par rapport à la Russie, avec les sanctions contre la Russie, et bien pour la Palestine aussi.
On doit demander le respect du droit international et exiger d'Israël qui respecte le droit international. Comme ils ne le font pas volontairement on doit les contraindre par des sanctions comme on a pris les sanctions contre la Russie. On ne peut avoir deux poids, deux mesures [ce] qui est inacceptable, insupportable. On ne peut pas avoir ce double standard dans l’application du droit international. Il y va de notre propre crédibilité/ Il y va de notre cohérence internationale, notre crédibilité internationale et donc appliquons le droit international.
Merci, Monsieur Deswaef
Merci beaucoup.
Réginald de Potesta de Waleffe pour BAM!
La manifestation a été organisée par l’Association Belgo‑Palestinienne, le C.N.C.D., les syndicats F.G.T.B. et C.S.C., ainsi que l’association Beitna (association de Palestiniens de Belgique). Elle a rassemblé 15 000 personnes (6 000 selon la police), rejoints par des membres de l’U.P.J.B., pour marcher de la Gare du Nord à la place Jean Ray et dénoncer l’illusion d’un cessez‑le‑feu à Gaza et en Cisjordanie, où plus de 250 Palestiniens ont déjà été tués depuis la fin des hostilités.
Reportage photos/vidéos manifestation du 16 novembre











