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BAM! a déniché dans son réservoir un petit poème qui sort de l’Ordinaire.

Professeure honoraire à l’ULB et historienne, Anne Morelli est une figure emblématique et reconnue du monde académique belge. En 2001, elle publie “Principes élémentaires de propagande de guerre”, dont la diffusion a largement dépassé nos frontières. Retranscription de l’interview : BAM! News : Qu'est ce qui vous a amené à vous intéresser à la propagande de guerre ? Anne Morelli : C’est à dire que j'avais un énorme cours de 1300 étudiants, étudiants en droit, étudiants en sciences po, étudiants d’autres facultés, qui, en première année, devait leur donner les principes de la critique historique. C'est très important que ces étudiants de diverses facultés aient cet esprit critique par rapport à l'information. Et dans ce cours, j'avais consacré une partie importante à la propagande de guerre. Et pour que ce soit plus simple à mémoriser pour eux, j'ai imaginé, à partir d'exemples de la Première Guerre mondiale que Ponsonby nous avait donné, dix principes de propagande de guerre. Pourquoi dix? Cela aurait pu être sept ou treize mais Dieu avant moi avait fait dix commandements et cela avait très bien marché, donc je me suis dit pourquoi pas moi ? BAM! News : Votre livre a été publié une première fois en 2001, a été réédité en 2010, et il y a une nouvelle édition qui est en route. Visiblement, il y a de nouveaux exemples qui viennent illustrer votre propos tous les jours. Ce livre s'appelle « Principes élémentaires de propagande de guerre ». Vous expliquez que dans une démocratie, la population naturellement n'est pas vraiment favorable à la guerre et que donc la propagande est nécessaire afin de convaincre du bien-fondé de celle-ci. Anne Morelli : Alors effectivement, à partir du moment où on a besoin du consentement de la population pour un certain nombre de décisions politiques, il faut persuader la population qu'elle a le meilleur régime politique possible et que ce régime politique prend des décisions qui sont tout à fait défendables. Dans le cas des guerres, la population en général n'est pas très enthousiaste. Il va falloir la mobiliser pour lui montrer que c'est une excellente décision que d'entrer dans cette guerre et que c'est une occasion qu'il ne faut pas rater. Et donc, les principes de propagande de guerre servent à mobiliser la population en faveur d'une guerre pour laquelle, à l'origine, elle n'a pas d’enthousiasme. BAM! News : Est ce que, en étant cynique, le but d'une démocratie n'est pas de faire croire que nous participons aux décisions afin d'assurer la paix sociale et une meilleure adhésion aux décisions politiques ? Anne Morelli : Alors, c'est un peu, je dirais, ce que je viens de vous dire exactement. Bien sûr, il faut que la population embraye dans les décisions du pouvoir et pour ça, il faut mettre en route tout un système médiatique et c'est assez simple aujourd'hui à voir de quel côté sont les médias. Il suffit de regarder les conseils d'administration, à qui appartiennent les médias, et on voit tout de suite que ces médias appartiennent, que ce soit ici ou ailleurs, à des milieux économiques qui, évidemment, vont essayer de faire prendre position par la population par rapport à des décisions qui sont dans leur intérêt à eux. Donc, si vous voulez vendre des canons, il faut vendre une guerre. BAM! News : Oui, donc il faut trouver des arguments et les diffuser auprès de la population pour que les gens disent, il faut faire la guerre, donc il faut acheter des canons. Anne Morelli : C'est ça et il faut augmenter le budget militaire comme nous sommes occupés à le faire en Belgique. BAM! News : Toujours dans votre livre, vous décrivez les dix grands principes de propagande de guerre. Je les reprends ici: - 1. Nous ne voulons pas la guerre. - 2. Le camp adverse est le seul responsable de la guerre. - 3. Le chef du camp adverse a le visage du diable ou du monstre. - 4. C'est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers, - 5. L'ennemi provoque sciemment des atrocités et si nous commettons des bavures, c'est involontairement. - 6. L'ennemi utilise des armes non autorisées. - 7. Nous subissons très peu de pertes, les pertes de l'ennemi sont énormes. - 8. Les artistes et intellectuels soutiennent notre cause. - 9. Notre cause a un caractère sacré: la démocratie, la liberté. - 10. Ceux et celles qui mettent en doute notre propagande sont des traîtres.Alors, ces principes sont-ils réservés aux situations de guerre ou ça peut être utilisé pour d'autres choses ? On pense par exemple à la crise covid. Anne Morelli : Le sous titre du livre, c'est que ces principes sont applicables en cas de guerre chaude, froide ou tiède. Ça veut dire que ça peut être utilisé dans des conflits sociaux où le patron va dire « ce sont les travailleurs qui ont commencé à avoir des revendications impossibles à satisfaire », ou bien ce sont les travailleurs qui vont dire « mais non, c'est lui qui veut la régression sociale». Cela peut être dans des conflits économiques. On voit pour l'instant avec la Chine, les Etats-Unis, c'est surtout un conflit économique. Et ça peut être aussi dans des conflits privés. Si vous avez autour de vous des divorces, vous voyez exactement la même chose. « Moi, je suis doux et pacifique. C'est elle qui a tous les défauts, c'est elle qui a commencé. Elle est sadique, elle traite mal les enfants », etc. Donc ces principes sont applicables dans de nombreux cas de conflits. Mais naturellement, la manière dont ils sont le plus visible, c'est dans le cas de guerres effectives. BAM! News : On a un principe très général de guerre en fait de bout en bout, en contenir à peu près tous les conflits qui peuvent exister, micro ou macro. Anne Morelli : Vous avez cité la crise covid. Il y a quand même la célèbre phrase de Macron: « Nous sommes en guerre ». Donc là, il s'agissait effectivement de faire des sacrifices en vue de la victoire. Il y a toute une série de principes qui peuvent être appliqués dans ce cas là aussi. BAM! News : D’un côté, n'est ce pas normal qu'un gouvernement se donne les moyens de communiquer sur sa politique ? Anne Morelli : Alors évidemment, tout pouvoir essaie de persuader du bien fondé de ses décisions. Ce qui est curieux, c'est qu'on voit toujours la paille dans l'œil du voisin et pas la poutre dans le nôtre. C'est-à-dire que nous voyons toujours que les autres font de la propagande. Mais nous, c'est de l'information, bien entendu. L'Union européenne fait de la propagande. Elle a un musée qui est propagande du début à la fin. Mais cela ne s'appelle pas propagande européenne, cela s'appelle information, communication, pédagogie. Mais c’est tout à fait la même chose, évidemment. Donc le discours type c’est « nous ne faisons pas de propagande, ce sont les autres qui font de la propagande ». BAM! News : En 1941, Roosevelt a été élu pour la troisième fois avec un discours officiel plutôt isolationniste, alors qu'on sait que, derrière, il préparait l'entrée en guerre des États-Unis. Pearl Harbor lui donnera d'ailleurs l'opportunité de rallier la population à son objectif. Mais, avec le recul, n'avait-il pas raison? Parce que in fine l'Europe a été sauvée et qu’à la sortie de la guerre les Etats-Unis ont dominé le monde. Donc quelque part, est-ce qu’il n'avait pas raison ? Anne Morelli : De son point de vue, sans doute. Mais c'est évidemment assez malicieux, je dirais, de commencer en disant oui « nous sommes pacifistes, nous sommes pacifistes », mais on va faire la guerre. Parce que c'est un peu ça. Lorsque Barack Obama reçoit le prix Nobel, son discours elle même, il dit « Nous sommes pacifistes », mais « nous allons intensifier les frappes contre nos ennemis ». Donc c'est un discours assez trouble. Et si vous voulez, et avec le recul, et bien oui, lui il a bien fait pour son camp. Mais à force de mensonges évidemment. De même que Colin Powell et ses collaborateurs aujourd'hui ont dit « ah ben oui, on savait que c'était des mensonges, mais c'était pour la bonne cause ». N'empêche que c'était des mensonges. Quand il agite une fiole en disant « Voilà la preuve que l'Irak a des armes de destruction massive », il sait bien que ce n'est pas un liquide funeste qu’il agite là. Je ne sais pas, c’était du bifidus actif ou quelque chose comme ça. Et lui, il dit « Voilà, oui, j'ai menti, mais c'était pour la bonne cause ». BAM! News : Mais s’il avait eu une bonne cause, il n’aurait pas eu besoin de mentir. Venons en à l'actualité. Selon vous, y a-t-il, concernant le conflit ukrainien, une propagande de guerre? Anne Morelli : Évidemment. Et des deux côtés. BAM! News : Des deux côtés? Anne Morelli : Des deux côtés. Mais nous avons très peu accès à la propagande de guerre russe parce que la censure dans nos pays nous interdit aujourd'hui de voir Russia Today, qui a fait des émissions en français dont certaines assez prestigieuses comme « Interdit d'interdire », etc. On a fermé Sputnik aussi et donc nous n'avons pas accès à cette propagande. Par contre, de notre côté évidemment, la propagande se répand tous les jours dans tous les médias, que ce soit la presse écrite, que ce soit la radio, la télévision. Pourquoi ? Ces médias sont dominés, évidemment, par les mêmes qui ont intérêt à voir la guerre prospérer. Quand on pense par exemple à Arnault en France ou à d'autres patrons de l'industrie, évidemment, ils ont avantage à ce qu'on s'arme jusqu'aux dents. Donc il y a une propagande énorme pour l'instant. Et elle répond à tous les principes de la propagande de guerre (elle sourit). J'ai fait un petit exercice et oui, « nous sommes des pacifiques ». « Ce sont eux qui ont commencé ». « Lui, c'est un monstre », etc. On a absolument tout. BAM! News : On a l'impression qu'on coche à peu près les 10 points. Anne Morelli : C'est ça. BAM! News : Alors quel serait le but de cette propagande parce que c'est quand même Poutine qui a attaqué l'Ukraine? Anne Morelli : Alors ça, je vais vous répondre par une phrase de Machiavel. Machiavel, c'est le XVe siècle. Machiavel disait « Celui qui prend le premier les armes n'est pas forcément le coupable. Il peut y avoir quelqu'un qui est plus coupable, c'est celui qui l'a forcé à prendre les armes ». Et dans le conflit entre la Russie et l'Ukraine il y a quand même eu des accords qui avaient été noués en 2015 mais qui n'ont pas été respectés. BAM! News : Les accords de Minsk. Anne Morelli : Oui, qui n'ont pas été respectés par l'Ukraine qui, depuis 2014, bombardait intensément le Donetsk, par exemple, et là, personne ne s'est ému. Il y a eu des milliers de morts, mais comme c'était des Russes ou des pro-Russes ou des russophones, on ne s'en est pas ému. Et quand la Russie, selon son point de vue, réagit à ces bombardements, alors là, on dit c'est scandaleux. Moi je suis une athée militante. Mais j'ai trouvé courageuse l'attitude du pape qui a parlé d'une part des chiens de l'OTAN qui aboyaient devant la Russie depuis longtemps et qui l'ont poussé à cette réaction et qui d'autre part a dit un jour « Vous savez, il y a quand même des gens candides qui croient encore à la fable du loup et du Petit Chaperon rouge », le loup étant le grand méchant et le petit chaperon rouge l’innocent. Et on a oublié ce qu’est l'Ukraine: un pays de corruption absolue. Un pays qui est loin d'être une démocratie. Cherchez un peu où sont les partis d'opposition. Tous les leaders d'opposition sont en prison. Les dirigeants de la jeunesse communiste sont en prison. Les dirigeants sont en prison et on nous présente ça comme un modèle de démocratie. Donc il y a là évidemment une propagande énorme contre laquelle il est difficile d'intervenir. BAM! News : Dans ce conflit, Macron, je crois que c'était hier ou avant hier, appelle les Français à « accepter de payer le prix de la liberté ». Alors que pensez vous de cette phrase ? Faut-il comprendre qu'il faut renoncer à notre liberté pour la sauver ? Anne Morelli : Alors c'est une phrase, je dirais type, qu'on employait déjà la guerre de 14, parce que, bien sûr, on suspend toute démocratie et toute liberté en temps de guerre. BAM! News : Et tout ça pour se battre pour la liberté. On la fait disparaître pour la sauver. Anne Morelli : Chacun dit qu'il se bat pour une bonne cause qui est la liberté etc. Je montrais aux étudiants toujours un monument aux morts allemands et un monument aux morts belges sur lequel il est écrit exactement la même phrase « Ils sont morts pour le droit et la liberté ». Alors chacun dit qu'il meurt pour le droit et la liberté et qu'on doit faire de grands sacrifices pour cela naturellement. Et évidemment, on suspend les libertés. Parce qu'il n'est pas question de contrer la propagande officielle. À la guerre de 14, il y a un instituteur du nom de Maou qui s'est pris deux ans de prison ferme et l'expulsion de l'enseignement de l'Etat français parce qu'il avait dit en classe que « les responsabilités de la guerre étaient probablement partagées ». C’était trop. BAM! News : C’était inacceptable. Anne Morelli : Inacceptable, évidemment. BAM! News : D'où vient cette propagande, selon vous ? Qui la propage ? Les médias, les journaux, la télévision? Ne sont-ils pas neutres? Anne Morelli : Alors, au moment de la guerre de 14, il y a eu un vrai tournant. C'est à dire que jusque là, c'était assez artisanal, la propagande. À partir de la guerre de 14, il y a de vraies officines de propagande qui créent de fausses nouvelles, qui les diffusent, qui prennent contact avec les journalistes, etc. Et aujourd'hui, c'est tout à fait professionnalisé. C'est à dire que ce sont des agences de communication comme Ruder Finn, ou d'autres, qui créent des nouvelles. Par exemple, lorsque vous aviez la guerre entre l'Irak et le Koweït, il y avait eu cette fabuleuse histoire des bébés koweitiens jetés sur le sol glacé de l'hôpital par les méchants soldats irakiens, qui s'est avérée une fable. Mais ça a circulé et ça a circulé au Sénat américain, ça a circulé à l'ONU et ça a ému les gens parce qu'on travaille beaucoup sur l'émotion, évidemment. Pour la guerre en Yougoslavie aussi, on a eu toutes des fables qui ont été construites et diffusées. BAM! News : Et la Roumanie aussi, avec les charniers de Timisoara. Anne Morelli : Le faux charnier de Timisoara oui. Et aujourd'hui, nous avons évidemment la même chose, des fausses nouvelles qui sont diffusées. Et quand il y a quelque chose qui va à l'encontre de cette propagande et qui, par exemple, nous montrerait que oui, il y a des monstruosités dans les guerres, il y en a dans les deux camps. C'est le cas du rapport d'Amnesty International tout récent. C'est le cas de Human Rights Watch tout récemment, qui disent que les prisonniers russes sont maltraités chez les Ukrainiens, ils sont l'objet de sévices atroces. L'Armée ukrainienne utilise comme bouclier humain la population civile. Quand ils disent ça, c'est mis au conditionnel dans le journal, si cela apparaît, « l'armée ukrainienne aurait employé », etc. Tandis que si c'est l'ennemi, là, c'est avéré évidemment. Et c'est très important de voir ces changements de temps. BAM! News : Vous dites que ça s'est professionnalisé à partir de la première guerre mondiale où il y a de véritables histoires qui sont créées de toute pièce, comme celles dont vous parliez, par exemple des couveuses pour la guerre du Koweït. Anne Morelli : Là c’était Hill & Knowlton. BAM! News : Oui c'est ça. Anne Morelli : Hill & Knowlton était la firme qui a été payée pour créer cette campagne. Et eux, ils n'ont pas d'états d'âme. Si vous leur demandez de faire de la publicité pour Pepsi-Cola, ils vont la faire. Si on leur demande de faire de la publicité pour le Koweït, ils le font aussi. Aujourd'hui pour l'Ukraine et hier pour le Kosovo. BAM! News : Et là, ils avaient pris, je crois, la fille de l'ambassadeur. Alors, on va essayer de voir s'il y a des solutions. Donc comment, selon vous, peut se prémunir de la propagande ? Y a t il quelque chose qu'un citoyen puisse faire pour ne pas être victime de la propagande ? Anne Morelli : Alors, en principe, en histoire, ce qu'on fait, c'est croiser les informations. Si vous voulez avoir un point de vue objectif sur les croisades, vous allez prendre le point de vue des croisés chrétiens, mais le point de vue des arabes, le point de vue des communautés juives, le point de vue des chrétiens d'Orient. Et vous allez avoir quelque chose qui ressemble sans doute à l'objectivité. Pour ces guerres récentes, c'est extrêmement difficile parce que nous n'avons qu'un seul point de vue. Nous n'avons pas le point de vue de l'autre. Je n'avais pas le point de vue irakien pendant la guerre d'Irak, je n'avais pas le point de vue des Serbes pendant la guerre en Yougoslavie. Nous n'avons qu'une seule vision qui est monopolisée et qui se développe dans tous les médias et donc au moment même du conflit, on peut seulement se poser des questions. Et moi, je terminais mon cours en disant aux étudiants « Avant d'agir, il y a trois choses à faire : douter, douter et encore douter ». C'est la seule chose qu'on puisse. Faire parce que dans un moment de guerre, on n'a pas les éléments nécessaires pour croiser les informations. BAM! News : BAM! avait été critiqué parce que le doute était pouvait « être criminel ». En gros, c'était un article de Eric Muraille et je crois qui avait dit que nous insufflions le doute et que le doute était dangereux, que ça faisait des morts. Anne Morelli : Moi, je crois que le doute, même systématique, a fait beaucoup moins de morts dans l'histoire que les certitudes qui sont insufflées par les médias et qui nous poussent à participer à des guerres dans lesquelles, après, on se demande bien pourquoi on y a participé. BAM! News : On lui a répondu, puisqu'il est professeur à l'ULB, que c'était quand même l'un des principes du libre examen. BAM! News : Est ce qu'on peut faire changer les choses au niveau des institutions ? Anne Morelli : Alors depuis 30 ans, j'entends toujours dire dans les milieux pédagogiques qu'on va faire un cours de critique des médias. Ça ne s'est jamais fait. Et c'est évident que ça ne se fait pas. Puisque ce serait couper la branche sur laquelle on est assis. Et puis, il faut dire qu'il n'y a plus de possibilité de croiser les informations. Quand j'étais jeune professeur dans l'enseignement secondaire, je prenais un fait divers et je demandais aux élèves de le voir selon différents journaux. Alors il y avait « le Monde du travail », il y avait « la Wallonie », il y avait « le Drapeau rouge », il avait « le Peuple ». Et puis il y avait « la Cité » du côté catholique, « la Libre Belgique », « la Dernière Heure » du côté libéral, etc. Et on voyait que selon le point de vue, on avait traité ce fait divers très différemment. Un bête accident de travail devenait la faute du patron ou bien la cupidité du travailleur, etc. Aujourd'hui, qu'est ce qu'on a comme diversité de médias? Dans les médias papier, rien. Rien, absolument rien. Il y a deux groupes de presse qui sont deux groupes qui sont liés à des milieux d'affaires, à des milieux financiers, et qui évidemment ont acheté ces journaux pour diffuser leur point de vue et pas pour diffuser autre chose. Et donc, on n'a pas cette possibilité de croiser les informations qu'on avait à une époque ou il y avait plus de pluralisme. BAM! News : Absolument. On a l'impression que c'est un peu la quadrature du cercle, parce que beaucoup, en tout cas dans la presse, beaucoup sont déficitaires. Donc du coup, s'ils se font racheter, c'est probablement pour autre chose que pour les revenus qu'ils pourraient générer, on est d'accord. Anne Morelli : Tout à fait. BAM! News : Ou alors il faut qu'ils soient aidés par l'Etat, mais à ce moment-là, ils deviennent dépendant aussi de l'État, donc ils sont moins indépendants. Donc on a l'impression qu’il n'y a pas vraiment de solution, au niveau en tout cas de la presse. Je présume que même la télévision, probablement, ils commencent à être aussi en difficulté puisqu'il y a eu pas mal de restructurations. Donc on a l'impression qu'on ne va pas vers une évolution positive. Anne Morelli : Alors, en effet, je pense qu' on va vers un monopole quasiment de l'information. Alors on pourrait se dire que des solutions alternatives telle que la vôtre pourraient contrebalancer l'information générale. Ce n'est pas faux, mais c'est un peu un pâté avec un demi cheval et une demi-alouette. C'est-à-dire qu’il y a des médias alternatifs, même en papier, vous pouvez lire « Le Monde diplomatique », mais il y a combien de gens qui lisent « Le Monde diplomatique »et combien de gens qui lisent « La Dernière Heure » ? Le compte est vite fait et donc il y a des lieux qui soutiennent la presse qui leur est favorable. Et ceux-là sont évidemment tout puissants. Donc je pense que c'est assez compliqué aujourd'hui d'avoir une voix dissidente et que c'est même un petit peu dangereux. C'est à dire que bien souvent, on essaie de faire taire cette presse alternative, soit en l'étouffant financièrement, soit même en faisant pression sur ses journalistes ou en interdisant à ceux qui voudraient s'exprimer de manière alternative dans un média, en leur interdisant de parler. BAM! News : On a déjà eu ça. C’était Georges-Louis Bouchez qui nous avait dit qu'il avait reçu un coup de fil d'une télévision bien connue avant de venir pour un débat chez nous en disant qu'il ne devait pas venir chez BAM! Effectivement, ça existe. Vous même, vous avez été interviewée par Bernard Crutzen pour le film « Ceci n'est pas un complot ». Est ce que vous avez eu des remarques à la suite de cette intervention ? Anne Morelli : Il y a des gens qui m'ont dit « Qu'est ce que vous êtes allé faire dans cette galère ? » Etc. Mais d'autres part j'ai eu la satisfaction en traversant ici le campus de l'université que des étudiants que je ne connaissais pas du tout m'ont dit « Oh madame ! On vous a vu ! », etc. Et je me suis dit qu'il y a un créneau là qui est existant. De même que Russia Today, lorsqu'on l'a fermé, on a dit «Oui, mais il n'y avait personne qui regardait ça ». Pas vrai ! Moi aussi, là, en traversant l'université, il y avait deux étudiants qui me disaient « Je vous ai vu sur RT ». Donc il y avait des gens qui le regardaient. D'ailleurs, on ne l'aurait pas fermé s'il n'y avait personne qu'il regardait (elle sourit). C'est parce qu'il y avait des gens qui regardaient et qui avaient donc une vision alternative qu'on l’a fermé. BAM! News : Bien entendu. Anne Morelli : Il y a des pressions qui se font. Parfois un article, une interview pour une télévision officielle passe curieusement à la poubelle. C'est à dire que c'est le dernier principe de la propagande de guerre: Si on n'a pas embrayé dans la propagande de guerre, on est considéré comme un agent de l'ennemi. BAM! News : Un traître. Anne Morelli : Un traître, un agent de l'ennemi. Et donc, aujourd'hui, si vous faites le moindre bémol à la propagande officielle, on vous dit tout de suite « Ah vous êtes pour Poutine ». Comme l'a dit notre Premier ministre à un représentant du PTB au Parlement qui avait condamné l'agression russe mais qui avait dit « mais il faut tout de même comprendre ». Et bien c'était trop. Le Premier ministre a dit « Ah, je vois qu'il y a des soutiens de Monsieur Poutine dans cet hémicycle ». On est immédiatement classé comme cela, même si on vomit complètement le régime de Poutine. BAM! News : Est ce que finalement ceux qui ont une voix dissidente ne sont pas souvent un peu le germe de quelque chose qui va évoluer ? On voit par exemple le mouvement des années septante ont finalement, pour le meilleur et pour le pire, amené des idées, 20 ou 30 ans plus tard. Donc est-ce qu’il n'y a pas dans les dissidents de maintenant le germe d'une évolution pour le futur? Anne Morelli : Alors, il y a un romancier italien qui s'appelle Ignazio Silone qui écrit « Il seme sotto la neve », semer sous la neige. C'est une expression que j'aime beaucoup, pour des enseignants surtout. C'est à dire qu'on sème. Et puis voilà, c'est l'automne. Et puis la neige recouvre le champ et on a l'impression que c'est fichu, tout ce qu'on a semé. Après le dégel, il est possible qu'il y ait de nouveau des plantes qui poussent. Et avec un certain étonnement, on peut voir qu'effectivement le grain a germé.

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Connue pour son franc-parler et ses analyses qui bousculent la pensée unique, elle nous invite à la vigilance et rappelle au passage quelques principes fondamentaux du libre examen que certains de ses ex-collègues semblent avoir oubliés.

Pour la transcription écrite de cette interview, cliquez ici :

Le monde qui nous attend (si ça continue comme ça) a été décrit en 1988, il y a plus de 30 ans, dans une série de BD du grand scénariste belge Jean Van Hamme [1]. On se frotte les yeux tant elle est d’actualité. Les auteurs y abordent, au fil des volumes, le monde du travail, la santé, les vacances, la sécurité publique, le contrôle de la démographie, la culture subventionnée, et enfin la révolution. Une mise en abyme incroyablement prophétique des grandes questions actuelles.

Le nouveau documentaire ambitieux de W Studio retrace l'histoire de la crise covid depuis 2020. Porté par un montage digne d'un blockbuster, le film, disponible en français, remonte la piste du covid en retournant chaque pierre sans tabou. Il révèle de nombreux rouages et pose des questions troublantes sur la gestion de la pandémie. A montrer pour favoriser le débat ?

Après « Ceci n'est pas un complot » qui a fait couler beaucoup d'encre début 2021, le réalisateur belge Bernard Crutzen nous offre aujourd'hui son deuxième documentaire sur la crise sanitaire: « La loi, la liberté ».

BAM! La diffusion du nouveau film de Bernard Crutzen :

Après « Ceci n'est pas un complot » qui a fait couler beaucoup d'encre début 2021, le réalisateur belge Bernard Crutzen nous offre aujourd'hui son deuxième documentaire sur la crise sanitaire: « La loi, la liberté ».

BAM! vous présente en exclusivité l'interview de Bernard Crutzen pour son documentaire "Ceci n'est pas un complot". 

Pendant 9 mois, le réalisateur Bernard Crutzen a observé la manière dont les médias
belges francophones « racontent » la crise du Covid : ce qu’ils disent, comment ils le
disent, et ce qu’ils taisent. Il livre aujourd’hui un documentaire courageux, entre
investigation et film d’auteur, avec un accent particulier sur la notion de complot.

Vous n'avez pas encore vu le documentaire ? c'est ici que cela se passe.

"Alors que le Covid Safe Ticket doit seulement entrer en vigueur à partir du 1er octobre, plusieurs institutions culturelles annoncent qu'elles refuseront d'appliquer une règle qu'elles jugent discriminatoires et contraire à leurs valeurs."

"Pour le titre, j’hésitais entre «l’enfer est pavé de bonnes intentions» et «la science avance à grands pas». La Maison de la Culture d’Arlon annonce avec «enthousiasme» sa participation à un (nouveau) «spectacle test» le 5 juin prochain, sous l’égide de nos amis les virologues."

Chaque année à cette période, des images de visages monstrueux, de bave, de sang et de regards méchants remplissent notre espace public et, du coup, nos psychés.

L’année en Occident se rythme de fêtes autrefois religieuses (voire spirituelles) devenues hautement commercialisées : Noël en hiver, Pâques au printemps et Halloween en automne.

Peu à peu, ces fêtes se sont vidées de leur sens collectif, spirituel et symbolique pour ne rester que des opportunités très lucratives qui nous entretiennent dans des habitudes consuméristes sans nous enrichir sur d’autres plans.

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