Suisse : état d’un lieu ou lieu d’un État

Tribune
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Que se passe-t-il en Helvétie ? Ce pays à peine plus grand que la Belgique, toujours représenté en blanc sur les graphiques des nations européennes, toujours à part même s’il en est au cœur.

Il ne s’y passe pas grand-chose, apparemment, et comme nous le disait, il y a 20 ans, une publicité française pour un fromage qui parodiait l’accent suisse aussi mal que l’accent belge : « y se passe jamais rien ici... ». Les clichés ont la vie dure et on fera l’impasse sur les « 8 secondes de la barre Ovomaltine » ou « les marmottes qui emballent le chocolat ». Car la Suisse s’aligne, elle aussi, sur la morosité covidienne ambiante. Avec des variantes surprenantes puisque par son système unique dit de « démocratie directe », elle voit son « peuple souverain » être convié aux urnes sur de nombreux sujets. Pour le mieux ? Rien n’est moins sûr.

Votations

Le 28 novembre dernier, les citoyens étaient appelés à voter sur la « Modification de la loi Covid-19 ». Cette loi avait été soumise au peuple suisse le 13 juin 2021 avec une approbation de 60,2% des votants. Mais depuis sa proposition en septembre 2020 jusqu’à son passage aux urnes, plusieurs remaniements y ont été amenés par les Autorités et sans que le peuple en soit informé. Il était, entre autres, question de l’ajout du Certificat Covid, l’équivalent du Covid Safe Ticket, ou encore de prolonger les pleins pouvoirs de l’Exécutif (sécurité, urgence sanitaire, etc.) jusqu’au 31 décembre... 2031 !

Des esprits attentifs ont relevé ces modifications et au lendemain du vote du 13 juin, un nouveau référendum était lancé afin de modifier cette loi et de la soumettre une nouvelle fois aux Helvètes. En résumé, il fallait revoter en connaissance de cause.

Ce fameux 28 novembre 2021, on pouvait lire que « le monde avait les yeux rivés sur la Suisse ». Puisqu’en disant non à la Loi Covid-19, elle pouvait créer la surprise et démanteler des mesures « sanitaires » qui, depuis bientôt deux ans et avec ce que nous en savons aujourd’hui, peuvent objectivement être qualifiées de liberticides, voire de totalitaires. Et lors de cette date-clé pour l’avenir de leur nation et peut-être pour d’autres, les Suisses ont dit... oui à 62% !

Désenchantement et étonnement

Gros désenchantement chez les partisans du non et reprise de la vie normale, dès le jour suivant. Pas un débat et très peu d’éditoriaux pour revenir sur cette séquence. Un étrange silence médiatique et un retour aux affaires courantes comme si rien ne s’était passé. Le Conseiller Fédéral (ministre) en charge de la santé, Alain Berset, se targuant au passage que « ce résultat est la preuve que la démocratie existe ». Le même qui, lors d’une conférence de presse en avril 2020, avait sorti une citation qui a beaucoup fait parler et qui pouvait être à l’image du pays  : « Il faut agir aussi vite que possible mais aussi lentement que nécessaire ».

Dans tous les cas, fin de l’histoire, passons à la suite du programme. Peut-être. Mais ce résultat de 62% de oui reste étonnant. D’une part, parce qu’il est un peu supérieur au précédent (60,2%), alors que les citoyens étaient censés connaître tous les points (bien que l’on sache le désintérêt collectif pour la chose publique) et d’autre part, parce que ceux qui étaient contre étaient nombreux et l’ont fait savoir. Notamment dans les rues de la capitale (Berne) où pour la première fois des familles et des enfants ont découvert les plaisirs des gaz lacrymogènes lancés par la police.

Et là, il faut savoir que le particularisme de la Suisse s’inscrit aussi dans les mentalités. En 2021 encore, pour bon nombre de citoyens, le gouvernement, les Autorités, restent une valeur sûre, une sécurité. La plupart imagine mal ses dirigeants pouvant agir autrement que dans les intérêts du peuple et du pays. Les 7 Conseillers Fédéraux souvent en poste pendant des années devenant presque les Petits Pères du peuple dans une démocratie qui, comme d’autres autour d’elle, a manifestement du plomb dans l’aile.

La confiance règne

Pour exemple de cette confiance, lors de chaque votation, les Suisses sont amenés à voter sur plusieurs objets. Le 13 juin 2021, en même temps que la « Loi Covid-19 », ils ont approuvé à 56,6% la Loi sur les mesures anti-terroristes. On peut se demander pourquoi, puisque l’on peut se chercher longtemps quand a eu lieu le dernier attentat terroriste en territoire helvète ? Peut-être faut-il regarder de plus près ce que cette loi implique et constater que, parmi les mesures, toute personne qui conteste l’État et ses manières de faire peut être considérée comme un « terroriste potentiel ». Mais comme la plupart des décideurs veulent le bien de chacun...

Notez qu’à chaque votation, le Conseil Fédéral donne ses recommandations. Il va sans dire que dans les deux cas (Loi Covid et mesures anti-terroristes) il préconisait le oui.

Les mêmes esprits qui avaient flairé le flou sur le vote du 13 juin ont, depuis celui du 28 novembre, lancé des procédures pour démontrer qu’il y a eu fraude. Mais nous sommes en Suisse, pensez donc, une fraude ! Ce n’est pas possible ! Nous sommes dans une démocratie pour ne pas dire dans l’un de ses meilleurs exemples.

Cherchez l’erreur

Plusieurs pistes sont à l’étude mais aboutiront-elles et dans combien de temps ? Des rumeurs circulent sans que pour autant le début d’un scandale n’éclate. On parle de ces médias qui avaient déjà donné le oui gagnant bien avant la fermeture des bureaux de vote ou de ces élus locaux qui, quelques jours (semaines parfois) plus tôt, annonçaient fièrement que « le oui l’a emporté ». Même l’affaire des 7 000 bulletins de vote oubliés, pendant le week-end prolongé de Pentecôte (22-24 mai), dans des caisses ouvertes, sur un trottoir devant un bureau de poste de Genève (retenez qu’il s’agit de la Poste) ne bousculent en rien le système démocratique. Ces bulletins concernaient les votations du 13 juin 2021...

Officiellement, 2 222 373 citoyens suisses ont dit oui à la Loi Covid-19. Ceux qui pensent que ce résultat est erroné mettent la faute sur le vote électronique. Il faut savoir qu’au niveau international, trois sociétés se partagent principalement ce marché (d’avenir ?)  : Dominion, Smartmatic et Scytl. Cette dernière, en plus d’être un logiciel de vote, héberge aussi les serveurs des deux autres. Scytl a travaillé pendant plusieurs années en partenariat avec la Poste Suisse (qui est une société anonyme détenue intégralement par la Confédération) avant de tomber en faillite en 2019 et d’être entièrement reprise par la Poste. Depuis lors, et même précédemment, les lacunes, les erreurs de système et autres hacking ont jalonné le parcours du logiciel et plusieurs médias, même les plus mainstream, ont sonné l’alerte. Soulignons que depuis 2014, l’entreprise Scytl comptait parmi ses clients le Ministère de l’Intérieur en France. On peut imaginer que son logiciel, même décrié, sera à la manœuvre lors de l’élection présidentielle en mai prochain.

Schématiquement, c’est donc la Poste Suisse qui gère(ra) les machines de vote électronique bien au-delà de ses frontières. Elle était déjà partie prenante dans l’élection américaine de 2019. Peut-être était-ce la partie émergée de l’iceberg, au vu de tous les événements qui ont suivi ?

Oasis élitiste

S’il y a fraude, en Suisse ou ailleurs, tout pourrait partir de ce pays « où il ne se passe jamais rien ». À supposer que ce soit le cas, le fond de l’affaire ne sera connu que dans quelques décennies (siècles ?) à l’image des derniers sujets tabous. Il ne faudrait pas que les citoyens de diverses nations réalisent vraiment que le pouvoir qu’on leur prête est sous contrôle, pour ne pas dire un leurre.

La Suisse est bien un pays à part, il ne s’y passe (presque) rien. Bien que son territoire soit le siège de nombreuses organisations mondialistes, de Genève à Davos et son Forum Economique Mondial (dont le siège est, lui aussi, à Genève). Tout comme elle est le refuge de toutes sortes d’activités internationales et ambiguës, principalement financières. En cela, elle est peut-être condamnée à devenir une oasis élitiste. Et donc faite pour l’élite et non pas pour le peuple et ses bonnes croyances qui n’en (s)aura rien. À moins qu’il ne se réveille et se rappelle à son passé de valeureux guerriers. Mais ça, c’est une autre histoire même si c’est son Histoire. N’en déplaise aux chantres du monde d’après.

 Par Nicolas d’Asseiva, auteur de « Pax Dystopia »


Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité de l’auteur et ne représentent pas nécessairement celle de BAM !

En Suisse, l'introduction et la révision des lois fédérales, au sens formel, sont sujettes au référendum. Lorsqu'une nouvelle loi ou une loi révisée est publiée, tout citoyen opposé à son entrée en vigueur dispose d'un délai de cent jours pour récolter 50 000 signatures de citoyens suisses et soumettre un référendum à la voix du peuple. Le cas échéant, la loi devra ainsi être soumise au référendum et n'entrera en vigueur que si la majorité des votants se prononce favorablement.

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