Tribune

Le groupe Rossel actionnaire dans le business-pharma : est-ce bien normal ?

Le groupe Rossel actionnaire dans le business-pharma : est-ce bien normal ?

Photo: © Ikon Oklazt

La liberté de la presse est une condition de base en démocratie [1]. Ceci n’est pas une information mais bien un fait. Il reste à comprendre quel champ d’action est réellement donné au terme de liberté.

Nos voisins hexagonaux ont nourri de multiples débats sur cette question depuis des décennies. La prise de contrôle de la ligne éditoriale d’un média suit en général un schéma assez classique : un oligarque très fortuné prend le contrôle de l’actionnariat d’un média, plutôt d’un groupe de médias et le met au service d’un pouvoir politique en place l’aidant dans son action en échange de « faveurs » au profit des affaires dudit oligarque.

La boucle est bouclée. C’est simple et efficace. Tout cela, bien sûr, en respectant l’autonomie rédactionnelle, la liberté des journalistes en place, avec le mot déontologie dans toutes les bouches.

De Dassault à Bolloré, en passant par Bouygues, cette approche a conduit à une concentration inédite dans les mains d’affairistes en tous genres en France bien sûr, mais aussi partout en Europe et, bien sûr, en Belgique.

Concentration

En Belgique francophone, après le rachat de RTL Belgique [2], par Rossel (Le Soir et Sudpresse) et DPG media (famille Van Thillo propriétaire de Het Laatste Nieuws et actionnaire de référence de VTM), il ne reste que deux groupes de presse privés aux commandes de la quasi-totalité de la presse francophone : Rossel et IPM (La Libre, la DH et L’Avenir – récemment LN24). Le groupe Roularta (Le Vif, Trends /Tendances) est renvoyé à une position mineure face à ces deux mastodontes des médias que sont désormais Rossel et IPM.

A priori, le seul point positif est qu’on reste entre professionnels des médias et que la presse d’opinion ne tombe pas dans les mains d’un entrepreneur des ponts et chaussées ou d’un marchand d’armes.

Pourtant, en y regardant de plus près, de nouveaux schémas de proximité entre milieux d’affaires et presse apparaissent.

Une certaine vision de la santé

Depuis près de deux ans, les médias classiques se sont mués en porte-parole du gouvernement et lui ont offert une véritable campagne de communication commerciale pour la vaccination, des mois durant. Rien ne fut négligé : visites touristiques dans les centres de vaccination, interviews de vaccinés épanouis, multiples débats et interviews entre gens du même avis, chiffres bidons des études Pfizer sur l’efficacité des vaccins, éditoriaux culpabilisant les non vaccinés. Tout ce qui pouvait être fait en terme de propagande a été fait pour amener l’auditeur, le lecteur, le téléspectateur ou encore l’internaute à se faire vacciner. Et cela a très bien marché ! Avec cette question lancinante : pourquoi nos médias indépendants ont-ils perdu tout sens critique et privilégient à l’unisson la voix du pouvoir et une certaine vision de la santé qui est loin d’être partagée par tous ?

En ce qui concerne Le Soir et le groupe Rossel & Cie dont il fait partie, un élément de réponse est peut-être à trouver dans sa proximité avec le monde pharmaceutique.

Marketing pharmaceutique

En 2017, le groupe Rossel entre majoritairement à hauteur de 77 % dans le capital de Red Pharma SA, une société active en Belgique sur le marché pharmaceutique auquel elle offre une série de services marketing, allant du couponing promotionnel au conseil en placement de produits, mais aussi par l’ensemble de la gamme des supports publicitaires en pharmacies (affichage, présentoirs, média télévisuel…). Red Pharma se vante de travailler pour 78 laboratoires pharmaceutiques, quasi l’ensemble des acteurs du marché.

Red Pharma possède une filiale, MTouch, spécialisée dans la réalisation d’événements (colloques, séminaires, présentations de produits, …) à l’attention du monde médical. En général, ces événements sont organisés dans des lieux de prestige, de villégiature, à grands frais des laboratoires pharmaceutiques qui distillent de l’information en échange … de rien ! Les professionnels appellent cela du marketing d’influence.

Chez Rossel, où le tout puissant et bien nommé administrateur-délégué Bernard Marchant achète, vend, filialise à tour de bras, on ne s’encombre plus du blabla creux sur la déontologie journalistique. Au contraire, on y va franco.

Synergies totales

Dans son communiqué de 2017 et sur le site internet du groupe [3], le rachat est évoqué en ces termes : « le Groupe Rossel entend mettre à la disposition de Red Pharma, l’ensemble de ses forces média et de communication. Il développera toutes les synergies possibles entre sa nouvelle filiale et ses régies publicitaires et commerciales afin d’accélérer encore le développement de Red Pharma en termes de services offerts, de clientèle servie et de couverture géographique »

Vous avez bien lu : La mise à disposition de Red Pharma de l’ensemble de ses forces média et de communication : cela inclut le quotidien Le Soir mais aussi les titres de Sud Presse : La Meuse, La Nouvelle Gazette mais aussi le Grenz-Echo.

Les synergies ont été totales. Cinq ans après, on retrouve le duo d’actionnaires de référence : Hurbain et Marchant à tous les niveaux du montage relatif à Red Pharma, d’une part et Rossel & Cie, intégrant Le Soir mais aussi les titres cités ci-avant, d’autre part.

Les comptes des entreprises sont consolidés et les deux entreprises partagent la même adresse : Rue Royale, 100 à Bruxelles.

Une promiscuité qui pose question

À l’instar des conflits d’intérêt des experts du gouvernement, cette promiscuité entre une filiale en charge d’actions de marketing d’influence au profit du secteur pharmaceutique et le quotidien belge francophone de référence, pose question.

Au moment où l’obsession vaccinale de nos dirigeants échappe à toute rationalité, compte tenu de l’échec constaté de cette vaccination de masse, Le Soir continue d’être leur fidèle serviteur. Les pouvoirs publics peuvent compter sur les éditoriaux de Beatrice Delvaux [4] pour soutenir envers et contre toute mise en perspective, la vaccination contre le covid.

Cette obstination à persévérer dans la défense de l’indéfendable pose une nouvelle fois question, en regard de ce mélange des genres : presse et pharma.

Serions-nous les seuls à nous poser ces questions ? Les seuls à nous indigner ? Le média business a-t-il renvoyé aux archives, le rôle de 4ième pouvoir qui est la place de la presse dans une démocratie ?

Par Philippe Davister


Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité de l’auteur et ne représentent pas nécessairement celle de BAM!

 

 



 

 

[1] https://www.senate.be/event/20191129-Free_press/colloque-la-liberte-de-la-presse-au-21e-siecle.pdf

[2] https://www.solidaire.org/articles/et-tout-coup-il-n-y-en-avait-plus-que-deux-le-danger-de-la-concentration-des- médias

[3] http://www.rossel.be/actualites/entree-maj-ritaire-de-rossel-dans-l-a-societe-belge-re-dpharma.html

[4] https://bam.news/tribune/qui-vous-paie-beatrice-delvaux/