Tribune

Festival du Mensonge : Vrai-faux article sur l’art de la craque

Festival du Mensonge : Vrai-faux article sur l’art de la craque

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette saison automnale 2021 est riche en événements culturels de qualité ! Après la Journée mondiale de la Barbe, le 4 septembre, et la Journée européenne de la Prostate, le 20, les rassemblements organisés à l’occasion de la Journée mondiale de l’Urticaire, le 1er octobre, ont drainé une foule nombreuse. Le mois d’octobre, encore meilleur que septembre, a vu successivement se dérouler Journée internationale du Hamburger, le 13, et Journée mondiale du Lavage de mains le 15 (sponsorisée comme chaque année par une entreprise de gel hydroalcoolique, sous le slogan « fuck le virus »), et cela, avec un succès grandissant, sans oublier, le 29, la Journée mondiale du Caviardage, que n’ont pas manqué de soutenir de prestigieux sponsors, publics et privés, en particulier les grands groupes de médias officiels. Au mois de novembre, deux événements majeurs retiendront notre attention. La Journée mondiale des Toilettes, le 19, un événement dont on pourrait penser qu’il reste confidentiel, alors qu’il n’en est rien. Et, l’événement majeur qui nous intéresse aujourd’hui, le Festival du Mensonge.

Comme chaque année, la semaine du 31 novembre, le Festival International du Mensonge s’ouvrira à Hypocriville. Depuis deux ans, il connaît un considérable regain de succès, que personne n’aurait pu prédire il y a seulement quelques années. La plupart des hôtels affichent d’ores et déjà complet et le nombre de festivaliers attendus dépasse la cinquantaine de milliers. Autant dire que le maire d’Hypocriville, même s’il se réjouit de sa notoriété grandissante, nourrit quelques inquiétudes concernant la capacité d’accueil de sa ville.

Fidèle à ses engagements de qualité et de professionnalisme, à la fois vis-à-vis du public et vis-à-vis du jury (qui, précisons-le, c’est important, travaille pour l’amour de l’art, dans un esprit totalement bénévole et désintéressé) (mais avec le soutien généreux d’une entreprise pharmaceutique quand même), le Festival proposera une collection des vidéos les plus marquantes de l’année. Le public aura également accès à la Quinzaine des Manipulateurs et à la Semaine de l’Imposture, qui proposeront, comme toujours, des vidéos fake plus alternatives, des déclarations d’auteurs inconnus, afin de faire connaître de nouveaux talents affabulateurs.

L’édition 2021 sera-t-elle à la hauteur de celle de 2020, où Monsieur Donald T, nominé dans pas moins de seize catégories allant de « vulgaire mauvaise foi » à « gros lourd » en passant par « boniments d’Etat », « langue de bois » et « filouterie en bande organisée », avait spectaculairement raflé une dizaine de prix ? En réalité, les connaisseurs du Festival pensent que cette mouture 2021 sera encore bien supérieure à la précédente, avec des surprises et des révélations. De nouveaux incroyables talents pourraient bien surgir et élever le niveau comme jamais vu jusqu’ici.

Nouveauté cette année : les entreprises privées seront autorisées à concourir. L’Académie de la Duperie, qui gère le recrutement du jury, ne s’y est plus opposée. « Il n’y a pas de raison, a-t-elle déclaré, que nous nous privions de l’extrême créativité d’entreprises comme Gouguel, Fècecouque, Sonifa ou Pflouzer. » Cette annonce a suscité une réaction immédiate assez vive de Monsieur Emmanuel M, de France, qui a tweeté : « haro sur la concurrence déloyale ! » Par la voix de son porte-parole, Gabriel A, il a indiqué qu’il pensait avoir de bonnes chances de remporter le prix spécial du jury « serial menteur » mais que cautionner la participation de ces entreprises, pourvues d’aussi gros moyens, réduisait ses chances à néant. « Je pense pourtant faire un serial menteur tout à fait crédible, a-t-il ajouté. »

Autre nouveauté : un prix collectif devrait être attribué cette année. Tout le monde pense évidemment aux prouesses conjointes de nombreux dirigeants sur tous les continents, avec le soutien remarqué de l’OMS, concernant les « chiffres de l’épidémie ». En particulier, ceux qui concernent le nombre de « cas » et le nombre de « décès dus au covid ». On ignore encore l’intitulé de ce prix mais quelques fuites parlent de « bourrage de mou », « bidon fiction » ou encore « massive intox ». Etant donné l’ampleur internationale de cette prouesse collective, le prix devrait être richement doté.

Avant d’analyser les chances des favoris et challengers en lice pour cette année, évoquons LA question que tout un chacun se pose, comme chaque année, à l’ouverture du Festival, dans cette minuscule ville de la côte alsacienne : qui va remporter la récompense suprême ? Qui va repartir avec la fameuse noix de coco si convoitée ? L’objet, on le sait, fait rêver. Œuvre de l’artiste Charles-Désiré Bobard, cette petite boule en deux coques, très stylisée, capte toutes les attentions puisqu’elle est retravaillée chaque année : il s’agit de la concevoir avec un nouveau matériau tenu secret, afin de sonner plus creux que l’année précédente. C’est la seule exigence du cahier des charges et elle passionne le public ! Un des grands moments de la remise des prix est celui où le président procède au « test rituel de la noix », pour vérifier qu’elle sonne parfaitement creux. Le public manifeste alors bruyamment son approbation et le nom du lauréat peut être annoncé. On se souvient qu’en 2008, la noix de coco présentant un défaut de vacuité, le public avait boudé et la remise des prix avait dû être ajournée. Rien de tout cela cette année, espérons-le. Une source proche du président de l’Académie nous a affirmé que le matériau choisi (un carton nouvelle génération ? type boîte à œufs avec nanoparticules intégrées ?) devrait offrir un rendu creux exceptionnellement mat, incolore et sans intérêt. Le public sera ravi.

Dans la catégorie « gros comme une maison », partent largement favoris cette année Monsieur Jaïr B, du Brésil, pour sa déclaration « je n’ai jamais fait couper un seul arbre en Amazonie », Monsieur Emmanuel M, de France, pour sa déclaration de campagne « je vais interdire l’utilisation du glyphosate », Monsieur Xi, de Chine, pour ses déclarations en marge de la COP26  « nous nous engageons à réduire drastiquement notre production de charbon » et Monsieur Vladimir P, de Russie, pour ses protestations de droiture et transparence « jamais la Russie n’a utilisé les réseaux sociaux pour manipuler qui que ce soit ».

Dans la catégorie « ben tiens », se distingue Monsieur Xi, dont la déclaration à propos de la joueuse de tennis Peng S « elle n’a pas disparu, elle passe juste un petit moment tranquille en famille et ne souhaite pas être dérangée » a été saluée par les médias internationaux.

Dans la catégorie « blague dans le coin », retenons les propos de Monsieur Xi, encore lui, « nous mettons tout en œuvre pour respecter les droits de l’Homme », celle de Monsieur Mark Z, de Fècecouque, qui affirme « avoir pour seule et unique préoccupation le bien-être des utilisateurs et ne chercher à aucun moment à s’enrichir à leurs dépens » et celle de Monsieur Frank V, de Belgique, « il faut tenir encore cinq semaines ».

D’où cela, dites-vous ? De Belgique ? Car oui, la surprise, la toute grande surprise de ce Festival du Mensonge, risque bien cette année de venir de Belgique. Pas moins de 47 nominations pour les Belges, dans 24 catégories différentes ! Qui dit mieux ? Pour vous donner une petite idée et vous mettre l’eau à la bouche en attendant les délibérations du jury, voici un petit échantillon de ce que les Belges sont capables de faire. Jugez plutôt.

Dans la catégorie « salades et vanités », a toutes chances d’être primé Monsieur Elio D « le gouvernement n’a qu’une seule préoccupation : la santé des citoyens ». Monsieur Paul M concourra quant à lui dans la catégorie « ni vu ni connu que je t’embrouille », avec sa déclaration choc « la vaccination obligatoire dès l’âge de 18 ans est LA seule solution cohérente » et il a de bonnes chances de remporter le prix. Nominé dans les catégories « mystifions les manants », « mirages, bulles et simulacres » et « brouillard et fumée », Monsieur Alexander D repartira certainement avec un prix, vraisemblablement pour couronner sa déclaration la plus percutante : « cette épidémie est une épidémie de non-vaccinés ». Mais le vrai challenger de cette année, celui qui, selon toute vraisemblance, va imprimer une marque durable sur le Festival pour de nombreuses années à venir, c’est Monsieur Frank V. Plusieurs de ses déclarations font le buzz et resteront certainement dans les mémoires, au point que certains enseignants se demandent s’il ne faudrait pas les enseigner dans les écoles. « Le port du masque aide fortement à limiter la circulation du virus », qui lui vaut d’être nominé dans la catégorie « canular décomplexé » ; « grâce au CST, nous allons retrouver une vraie liberté » en fait le favori de la catégorie « fables » ; « grâce au vaccin, nous allons vaincre le virus », une déclaration de tout premier ordre, qui ne pouvait manquer de figurer aux nominations dans la prestigieuse catégorie du « foutage de gueule ». Mais ce n’est pas fini : Monsieur Frank V, pour sa déclaration « regardons les choses en face, les personnes vaccinées sont en colère contre les non-vaccinées et c’est compréhensible » part grand favori pour la catégorie « huile sur le feu ». Favori aussi dans la catégorie « obscurantisme », la plus convoitée de toutes, pour cette saillie : « ce qui est ennuyeux, c’est que la science est en constante évolution ».

Vous le voyez, les Belges sont très forts cette année. A n’en pas douter, cette édition 2021 du Festival du Mensonge s’annonce redoutable et passionnante !

Coco la comploteuse

NDLR: dans la catégorie Ponce Pilate: "nous avons été malchanceux"


Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité de l’auteur et ne représentent pas nécessairement celle de BAM!

Source photo :
Adobestock - © Comugnero Silvana