Tribune

Enfants et covid : il est grand temps d’en finir avec la peur !

Enfants et covid : il est grand temps d’en finir avec la peur !

Ceci est un billet d’humeur à destination des alarmistes qui donnent du sens à leur vie en menant une croisade au nom du « sanitairement correct ». Je l’écris à la suite d’un échange ayant eu lieu dans un groupe d’infirmiers et d’infirmières sur lequel on m’a demandé d’intervenir. Le thème du fil de discussion était la vaccination chez les enfants.

Une personne dont je tairai le nom (mais que l’on voit sévir dans plusieurs groupes et sur les pages de plusieurs personnes) partage un article de l’Express alertant sur les risques de séquelles neurologiques du covid chez les enfants [1].

Son job de technicien dans un labo semble lui donner l’assurance et l’autorité pour évoquer des troubles neurovégétatifs, des démences, des AVC chez les enfants malades du covid !

Il utilise pour cela la technique du cherry-picking, qui consiste à « mettre en avant des faits ou données qui donnent du crédit à son opinion en passant sous silence tous les cas qui la contredisent. Ce procédé trompeur, pas nécessairement intentionnel, est un exemple typique de biais de confirmation. »

En effet, l’article scientifique cité dans l’Express parle de symptômes neurologiques MAIS pour les patients de plus de 60 ans [2] ! Je vous épargne la longue liste des autres articles scientifiques qu’il a partagés et dont les titres laissaient présager des horreurs pour les enfants... mais dont le contenu réel démontrait bien l’extrême rareté de ces phénomènes.

Alors maintenant, ça suffit !!!

Dégâts psychologiques

Le plus difficile quand un patient positif au covid me contacte, ce n’est pas du tout la prise en charge, le suivi ou le traitement !

Après bientôt deux ans, la maladie et ses différentes phases sont relativement bien connues. Cette maladie se soigne ! N’en déplaise à tous les oiseaux de mauvaise augur qui jouissent à se faire peur et à faire peur aux autres en agitant des scénarios hollywoodiens de disparition complète de l’humanité dans d’atroces souffrances. Et pour être totalement honnête - même si mon ego adorerait me faire passer pour une merveilleuse sauveuse en vous faisant croire que c’est extrêmement compliqué à gérer - en fait, c’est juste une maladie à comprendre, des étapes à surveiller et quelques molécules à maîtriser.

MAIS le véritable enjeu, c’est l’angoisse des patients à qui on a martelé sans cesse que tout le monde risquait de mourir étouffé, couché sur le ventre avec des tuyaux partout et sans pouvoir dire adieu à ses proches.

Ce qui m’affecte le plus, ce n’est pas de surcharger mon agenda en y ajoutant des patients atteints du covid. Ni de veiller à adapter le traitement à leur évolution spécifique. Ni de remplir tout une série de certificats de cas-contacts. Ni même d’essayer de m’y retrouver dans les consignes sans cesse changeantes du contact-tracing.

Ce qui m’affecte le plus, c’est de prendre conscience de l’ampleur des dégâts psychologiques et de leurs conséquences.

J’aurais plusieurs dizaines d’exemples à partager, dans lesquels, à chaque fois, la moitié de mon travail était de rassurer, rassurer, encore rassurer. Même si, heureusement, certains patients semblaient assez bien immunisés contre la peur, ce n’était qu’une minorité - bien informée.

Heureusement, jusqu’ici, il était de notoriété publique que les enfants ne souffraient que d’un rhume et les jeunes parents pouvaient dormir tranquilles, sans trembler à chaque éternuement.

Et nous, les soignants de première ligne, ne devions pas gérer les horribles angoisses de parents imaginant le pire. C’était déjà cela qui était épargné à tout le monde au milieu de ce délire ambiant.

Arrêter la machine infernale

Puisqu’on ne peut plus justifier la vaccination des enfants par la solidarité envers Papy et Mamy, si on se met à leur inventer des potentielles séquelles graves, cela va véritablement devenir l’enfer !

Pour les soignants mais surtout pour les parents et, par conséquent, pour les enfants qui subiront leur angoisse. Si on se met à faire croire aux parents que leurs enfants risquent un AVC ou la démence, quel affolement généralisé va-t-on encore créer ?

Si vous croisez un apôtre de malheur qui semble prendre un plaisir presque sadique à diffuser ces mensonges, s’il vous plaît : recadrez-le immédiatement ! Qu’il soit un simple citoyen ou un soi-disant expert.

Être alarmiste, cela semble être à la mode pour donner une bonne conscience morale à ces personnes délirantes !

Mais ce ne sont pas eux qui doivent assumer les conséquences de leurs délires.

Cela fait deux ans que cela dure et derrière le mantra pseudo-solidaire qu’« il faut ménager les soignants », il y a une véritable torture morale de la population à propager la peur.

Torture morale dont les traces sont parfois profondes, et que nous, les soignants, essayons de panser.

Ménager les soignants, c’est aussi leur permettre de faire leur job avec sérénité ! Car le premier devoir d’un adulte responsable, soignant ou non, c’est d’apaiser et de rassurer.

Maintenant que les discours alarmistes touchent aux enfants et à leurs jeunes parents, il est urgent de mettre fin à cette peur, définitivement.

Par un médecin généraliste qui préfère rester anonyme


Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité de l’auteur et ne représentent pas nécessairement celle de BAM!

Source photo:
Adobe stock - ©Mario

  

 

[1] https://www.lexpress.fr/actualite/idees-et-debats/il-faut-en-finir-en-france-avec-le-mythe-de-l-enfant-non-concerne-par-le-covid-19_2163419.html

[2] https://www.nature.com/articles/s41582-021-00593-7