Tribune

Questions inexistentielles

Questions inexistentielles

Je me pose beaucoup de questions sur ce que nous vivons depuis maintenant 18 mois. Tant de changements, tant de bouleversements, tant d’incompréhensions ont jalonné notre vie en si peu de temps.

Aujourd’hui, il est normal de faire demi-tour pour prendre un masque oublié chez soi ou dans sa voiture. Aujourd’hui, il est devenu courant de se demander, lors d’une conversation banale, si nous sommes vaccinés. Aujourd’hui, il est logique de ne plus se faire la bise, de ne plus se serrer la main, de s’écarter plus que de raison. Aujourd’hui, c’est monnaie courante de voir des affiches nous demandant de désinfecter le caddie que nous utilisons, de nous masquer, de respecter une distance de protection. Aujourd’hui, il est possible de prendre un bus bondé mais impossible de remplir à pleine capacité une salle de cinéma. Aujourd’hui, il faut réserver sa visite au musée, sa sortie en famille. Aujourd’hui, il est de coutume de voir une file à l’extérieur d’une boulangerie où se pressent deux clients. Aujourd’hui…

Tout le monde pense savoir ce qui est meilleur pour les autres et personne ne sait penser aux autres. Il n’est pas rare d'entendre ou de lire que le problème, ce sont eux : ceux qui ne sont pas ceci ou ceux qui sont cela. Probablement avez-vous déjà entendu à la machine à café ou à l’arrêt du bus que si les autres faisaient comme nous, tout serait fini ou si tout le monde était obligé de faire comme nous, on pourrait arrêter de porter le masque…

Depuis 18 mois maintenant, tous les jours sans relâche, des chiffres, des chiffres, des chiffres… Inlassablement, partout, sans cesse. Rien ne semble pouvoir arrêter ce vertigineux tsunami statistique. Depuis 18 mois, ces chiffres, pourtant connus de tous car appris depuis le plus jeune âge, deviennent sujet à interprétation, à controverse, à tension. Depuis 18 mois, ces chiffres peuvent dire beaucoup comme peu, selon l’angle d’attaque. Depuis 18 mois, ces chiffres servent d’armes pour faire peur, de bouclier pour repousser toute pensée divergente, de parapluie pour éviter de voir les nuages menaçants d’une lecture sélective.

Maintenant, pour se divertir, pour passer un moment en famille ou entre amis, pour simplement boire un verre ou aller voir un film, il nous faudra montrer patte blanche, nous devrons exhiber fièrement notre état de santé et cela, avec un sourire bien que masqué. « Thou shall not PASS !!!»… Je pense déjà aux différents casse-têtes des écoles notamment pour organiser une sortie scolaire au musée ou visionner un film en sortie extérieure.

Chez nous, un de nos innombrables ministres a dit qu’il respectait les personnes non désireuses de se faire vacciner MAIS qu’elles devaient comprendre que les autres, les vaccinés, avaient le droit de se retrouver entre eux et de faire des choses uniquement entre personnes vaccinées… Je suis en totale adéquation avec lui, mais qu’en est-il des non vaccinés qui souhaitent se retrouver entre eux et ne faire que des choses entre eux ? Pourquoi ne pas se dire que, si des lieux sont « réservés » pour un groupe de personnes, d’autres lieux pourraient tout aussi bien l’être pour l’autre groupe ? Je suis bien conscient des dérives que ce genre de discours peut soulever. À quand des zones réservées pour l’un ou l’autre, des magasins, des supermarchés, des emplois, une économie, … ?

Pensons encore aux centres de vaccination, vaccinodrome, vaccibus. Qu’est-ce qui pousse un gouvernement à imposer une vaccination de masse aussi rapide ? Ah oui, un virus tellement mortel qu’il faut un test pour savoir si on est contaminé… Oui, je fais de l’ironie sur ce virus parce qu’il y a 10 ans, quand, au plus fort de l’épidémie de grippe saisonnière, on dénombrait un nombre similaire d’hospitalisations et de morts, personne ne s’en émouvait comme aujourd’hui et personne ne plaidait pour une vaccination intensive. Si nous souhaitions un vaccin, nous allions chez notre médecin et tout était fini, pas d’app à télécharger, pas de QR code, pas de test et surtout… pas d’obligation déguisée ou non.

L’impression globale reste que nous vivons une grande campagne de communication dirigée avec force. Est-ce que le virus existe ? Oui, sans conteste… comme il en existe des centaines de millions. Est-ce qu’il est nécessaire de nous abreuver sans cesse de messages culpabilisateurs, remplis d’amalgames, terrorisants, discriminants ? Est-ce qu’il est vital de refuser des visites dans les hôpitaux, d’empêcher de vivre nos deuils, de célébrer nos naissances, de fêter nos mariages ? Est-ce qu’il est citoyen de pointer du doigt tel ou tel comportement, peu importe son « bord » ? Sommes-nous forcément « moutons » ou « éveillés » ? Est-ce que la période que nous vivons n’est pas assez clivante pour devoir ajouter d’autres cases ?

Que penser de l’avenir qu’on nous propose ? Un avenir où nos médecins de famille ne pourront plus soigner si les hautes instances ne sont pas en accord avec le soin choisi. Un avenir où penser par soi-même est devenu prohibé, répréhensible, criminel. Un avenir où chaque être humain doit entrer dans une case, doit être répertorié, classé, numéroté. Un avenir où défiler avec son statut médical est logique et s’y soustraire vaut l’opprobre. Un avenir où les médias ne sont autres que les relais d’une pensée unique, choisie avec soin, sans âme. Un avenir où partir travailler dans un bus bondé est normal mais sortir se divertir demande un passeport santé, un masque, un test, une distance de sécurité sanitaire, une place vide entre chaque personne. Un avenir où nos enfants sont conditionnés à écouter sans réfléchir, à réfléchir sans comprendre, à apprendre sans envie.

Je me pose beaucoup de questions, trop peut-être, sur ce que nous vivons. Et de ce que j’ai pu comprendre, aujourd’hui, se poser des questions est signe de complotisme, de maladie mentale, de folie, de révolte. Dans un futur dystopique, je serais un divergent à chasser, un homme dans un monde de robots savants, un virus à exterminer.


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