Tribune

Pourquoi la RTBF met ses journalistes en danger ?

Pourquoi la RTBF met ses journalistes en danger ?

On a appris ce lundi que le journaliste Eric Boever avait subi une agression qui avait entrainé une courte hospitalisation, lors de la manifestation de ce dimanche 19.

Cet acte de violence hautement condamnable nous rappelle que les journalistes porteurs d’une mission d’information demeurent des cibles.

40 journalistes ont été tués en 2021 et 369 sont emprisonnés dans le monde (Source : RSF Reporters sans Frontières). Des reporters présents dans des régions sujettes à des troubles comme au Moyen Orient ont régulièrement été pris en otage, parfois torturés, parfois tués pour le seul motif de leur nationalité ; souvent des citoyens français, anglais ou américains.

Les groupes terroristes justifient l’injustifiable par le désaccord qu’ils ont avec la politique étrangère des pays concernés en s’en prenant à leurs ressortissants, de préférence des journalistes. L’enlèvement d’un journaliste offre généralement à leur action une caisse de résonnance plus importante que s’il s’agit d’un citoyen lambda. Le cynisme n’a pas de limite.

Depuis, le début de la crise Covid en mars 2020, la RTBF a délaissé sa mission d’information pour laquelle nous payons des impôts, pour endosser celle de la propagande des pouvoirs publics et de leurs experts. Aucune place n’est donnée à d’autres points de vue sur les antennes de la RTBF qu’ils soient médicaux, juridiques, pédagogiques, … Tout qui ne s’inscrit pas dans la doxa gouvernementale sera tantôt taxé d’antivax, de complotiste, d’incivique … par les journalistes de la RTBF.

Or, le but de ces manifestations est précisément de dénoncer une gestion pitoyable de la crise, une intolérable atteinte aux libertés et surtout le droit d’avoir un autre point de vue que les pouvoirs publics en ouvrant la discussion. Ce débat-là est refusé par les politiques et confisqué par les medias comme la RTBF.

De plus, les manifestations sont systématiquement dénigrées et dévalorisées par la RTBF : on va jusqu’à diviser le chiffre de participants par 10, on interviewe des personnes peu représentatives des citoyens présents.

Et surtout, on va insister sur la violence et instrumentaliser l’action d’un petit nombre. La police et les pouvoirs publics l’ont bien compris en laissant le champs libre aux casseurs ou en les provoquant pour déstabiliser une manifestation pacifique. Moult reportages (pas de la RTBF !), notamment lors des actions La Boum, au bois de la Cambre ont démontré que l’objectif de la Police de Bruxelles n’était pas le maintien de l’ordre mais bien l’incitation aux troubles.

La légitime opposition démocratique que représente une manifestation pacifique est diabolisée. Ses participants sont au mieux des voyous au pire des terroristes. Et, on mettra de préférence tout le monde dans le même sac. En ces termes parlent toutes les dictatures : du Chili de Pinochet à la Turquie d’Erdogan.

Par son message de base mais aussi par la manière dont la RTBF rend compte de cette opposition démocratique, elle ne peut que provoquer l’ire du plus pacifique des manifestants.

Les complices de propagande des apparatchiks du boulevard Reyers que sont RTL, Le Soir et La Libre sont tout de suite montés sur les barricades pour dénoncer à grands cris l’agression du journaliste Eric Boever. L’indignation étant à géométrie variable, ils sont moins zélés à dénoncer les violences policières à l’égard de citoyens de moindre notoriété.

Cette crise Covid a profondément et durablement abîmé la société belge. L’Etat a généré une violence inouïe en stigmatisant et en culpabilisant ses citoyens, en les discriminant, en les poussant à la délation.

Les citoyens belges peuvent désormais goûter à toutes les infectes recettes d’un pouvoir totalitaire. Dans un tel climat : violence, il y a ; violence, il y aura.

En retrouvant le chemin de l’information indépendante et du pluralisme, en prenant ses distances avec un pouvoir sans boussole, la RTBF retrouverait sa légitimité de 4ième et contre-pouvoir. Elle contribuerait aussi à l’apaisement général et redonnerait de la dignité à ses journalistes.

Sans cela, nous pouvons craindre d’autres violences à l’égard des journalistes.

Par Philippe Davister


Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité de l’auteur et ne représentent pas nécessairement celle de BAM!

Source photo:
BAM! - ©Vick