Tribune

Plaidoyer pour un reset surréaliste

Plaidoyer pour un reset surréaliste

Notre plat pays semble né pour servir de tampon entre les grandes nations. Singulièrement minuscule, il est pourtant devenu l'un des pôles économiques les plus importants au monde dès la fin du 19e siècle. Pas assez puissant militairement, il lui faudra capituler, à deux reprises, après seulement quelques jours de résistance à l'envahisseur allemand. Cependant, notre résilience est demeurée intacte. 

Sans grande surprise, notre pays est devenu l'un des creusets du surréalisme, avec de grands noms comme celui du peintre belge René Magritte. Ce mouvement artistique, comme l'explique son théoricien français André Breton, "tend simplement à la récupération totale de notre force psychique, à l'expression du véritable mécanisme de la pensée, libéré du contrôle de la raison et des préoccupations esthétiques ou morales". 

Nul autre pays que la Belgique n'a produit une palette aussi large de personnages hauts en couleur parmi lesquels Paul Delvaux, Annie Cordy, Arno, Jean-Luc Fonck, Jan Bucquoy, Jean-Noël Godin, Benoît Poelvoorde, André Franquin, Stéphane De Groodt, Raymond Goethals, Paul Vanden Boeynants, Stromae, Charles Kaisin, Philippe Geluck, Plastic Bertrand, Jacques Brel et Amélie Nothomb. Tous sont reconnus pour leur autodérision. Force est de reconnaître que l'humour est un formidable signe d'intelligence et qu'avec l'autodérision, on touche la grâce. 

Je fais partie de ceux qui pensent que l'humour (et surtout, l'autodérision) nous aidera nous, citoyens belges, à sortir de l'ornière dans laquelle nous maintiennent nos dirigeants qui, hélas, sont pourtant tout sauf comiques. Rire de soi, c'est prendre du recul et de la hauteur... Rire ainsi de notre "Belle Gique" qui, bien que placée en tête du classement mondial de la FIFA, se montre incapable de s'équiper d'un stade national pour accueillir un match de l'Euro. Rire du népotisme, rire aussi de notre état "bananier", gangrené par une corruption invraisemblable et "lisible". Rire de nos batailles de clochers communautaires. Rire de nos médias, qui ne sont que l'ombre portée de nos dirigeants. Rire de nos différents codes de la route, de notre fiscalité, de nos langues, de nos divergences de vues.

Le surréalisme, c'est que nous sommes le seul pays au monde à mieux fonctionner sans gouvernement. Autres grands traits du surréalisme belge: le fait qu'une communauté germanophone de 100.000 personnes ait obtenu un gouvernement. Ou encore qu'une panoplie de règles issues des régions bruxelloise, flamande et wallonne s'appliquent à une portion de ring de quelques dizaines de kilomètres.

Cependant, il semble évident qu'inoculer intelligence émotionnelle et autodérision aux 22.000 élus et aux quelque 800.000 fonctionnaires du pays est mission impossible. Il me paraît également compliqué de leur demander de prendre du recul et de se donner le temps de réfléchir à une nouvelle manière de "reconstruire" la Belgique.

Si l'on considère l'ensemble de la population active, quelque 800.000 personnes sont des entrepreneurs. Ce sont elles la valeur sûre du pays. Ces personnes ont fait preuve d'ingéniosité, de créativité, voire d'humour dans cette grande comédie qu'est la crise sanitaire liée au Covid. Une crise gérée par de tristes sires dénués de bon sens, d'humour et d'autodérision, qui n'ont pris aucun recul, aucun temps de réflexion, qui ne se sont donné aucun scénario. 

Le Belge aurait bien voulu rire dans des salles de spectacle si celles-ci n'avaient pas été fermées depuis plus d'un an, car jugées "non essentielles". Il aurait bien voulu faire la fête dans le Bois de la Cambre s'il n'avait été réprimé par les matraques et les gaz lacrymogènes. Il a tenté de conscientiser les députés sur l'opportunité d'étouffer dans l'œuf la fameuse "loi pandémie". En vain. 

Et puis, surgit dans les médias un militaire en cavale de 46 ans, lourdement armé, notamment déterminé à rendre une visite de courtoisie au virologue Marc Van Ranst. Soudain, tout le monde prend conscience que plus rien ne se passera sans désobéissance. Plus aucun politique n'a le sourire.

Comme le dit si bien Einstein, "On ne peut résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui a généré le problème". La solution ne réside pas dans l'artillerie lourde. Les armes du rire et de la désinvolture sont bien plus puissantes, même si le fossé s'est creusé entre dirigeants et administrés ou encore, entre "covidistes" et "complotistes". 

Comme tout ce qui a été tenté par la population pour se faire entendre s'est soldé par un échec, profitons de la Boum du 18 juin à Waterloo pour proposer une bonne partie d'entartage. Quelque 22.000 personnalités publiques face à la population. 

Il serait ambitieux de parler de "reset" belge... L'idée serait de construire un nouveau pays avec de nouvelles règles. Un pays qui va devoir faire face à une crise économique et des enjeux écologiques sans précédent. Plus la Belgique d'avant...Un nouveau concept surréaliste...

Source photo :
https://www.qwant.com/?q=entartage&t=images&license=public&o=0%3ABE56BE637141EFE0161EF3187B2A0F636738683A

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité de l’auteur et ne représentent pas nécessairement celle de BAM!