Droit de réponse : l'absence de transparence et de débat met en danger la science et la santé publique

Tribune
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En parcourant la liste des signataires d’une Carte Blanche du Vif du 26 janvier intitulée « L'absence de consensus sur la véracité des faits met en danger la santé publique »[1], nous sommes flattés d’apprendre que d’éminents professeurs d’université sont des lecteurs attentifs et réguliers de BAM!

Pour entamer ce droit de réponse, reprenons cette phrase d’Henri Poincaré, bien connue par les signataires de la Carte Blanche : « La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n'est aux faits eux-mêmes, parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d'être. »

Nous retrouvons également sur le site de l’ULB[2] que « Le libre examen qui est à la base de la méthode scientifique, est aussi un principe auquel on souscrit par engagement... Le libre exaministe s'engage donc à mettre ses paroles et ses actes en accord avec ce qu'il tient pour vrai. Sa vérité, il a le courage de la dire et de la défendre. »

Pourtant, la Carte Blanche à laquelle nous répondons ici, illustre parfaitement les dérives dogmatiques d’un système scientifique et médiatique. Ce sont ces dérives que dénonce justement Poincaré et qui sont précisément à l’origine de la création de BAM!.

Pour commencer, nos éminents professeurs tentent un argument qui sent la naphtaline : Trump porterait la responsabilité de 40% des décès Covid aux États-Unis à cause de ses déclarations, laissant sous-entendre que la liberté d’expression a tué plus de 166.000 Américains (tous Républicains probablement). Pour étayer ces accusations, un article du Lancet[3]… datant de février 2021… Depuis lors, Biden n’a pas fait mieux, avec une population nettement plus vaccinée et 463.000 décès Covid contre 413.000 pour Trump[4]. L’hypothèse la plus plausible est donc que le virus n’a pas un compas dans l'œil et se fiche du Président des Etats-Unis… et franchement nous aussi.

BAM!

Ensuite, BAM! est étiqueté « pourvoyeur de vérités alternatives », relayant des vidéos du Pr Gala, du Dr Sacré ou le Doctothon sur les enfants.

BAM! n’a jamais prétendu détenir la vérité. Au contraire, nous partons du principe que personne ne la détient. Nous dénonçons régulièrement[5] ceux qui affirment la détenir alors que c’est inexact (“le vaccin permet de contrôler les contaminations”, “on retrouvera la vie d’avant à 70% de vaccination”, etc.) ou lorsqu’ils ne savent pas (“les vaccins Covid sont sûrs et efficaces sur le long terme”).

BAM! est un média citoyen qui a pour mission d’informer, de débattre et de donner la parole à des personnes qui ont une vision différente sur la crise. Concernant le Pr Gala, celui-ci a aussi été interviewé par la RTBF[6] ou RTL-TVI[7]. De manière générale, à l’exception des articles écrits par ses journalistes, les propos exprimés sur BAM! n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement les opinions de BAM!

Nous avons d'ailleurs invité à plusieurs reprises un(e) des signataires de la Carte Blanche à laquelle nous répondons ici.

BAM! représente aussi un nombre important de citoyens qui ne se retrouvent pas ou plus sur l'échiquier des médias traditionnels, ceux-ci ne jouant plus leur rôle de contre-pouvoir pourtant essentiel dans une démocratie. Nul ne peut nier que le gouvernement et les médias n’ont fait qu’instiller la peur et diffuser des informations à sens unique dans le but, louable à leurs yeux, de renforcer l’adhésion de la population aux décisions prises lors des CODECO. Ce faisant, toutes les informations pouvant remettre en question le bien-fondé des décisions ont été soigneusement discréditées, censurées ou reléguées au second plan. Gérer une crise par la peur et la désinformation n’est ni raisonnable ni efficace sur le long terme.

Nous estimons que dans une démocratie, il est important de donner la parole à des citoyens ou des experts d’horizons différents, en particulier sur des sujets qui ont une influence majeure sur leur vie et leur avenir - et celui de leurs enfants.

Comment des adeptes du Libre Examen contestent que l’on puisse exprimer un doute ou initier une réflexion chez des citoyens pourtant censés choisir librement ?

Si BAM! est un collectif qui rassemble des citoyens qui ont des opinions différentes, nous sommes tous des fervents défenseurs de la liberté d’expression, de l’État de Droit et du choix libre et éclairé, tous inscrits dans la Constitution et les lois belges ainsi que dans toutes les législations internationales démocratiques. Des notions que de nombreux politiques, journalistes et professeurs semblent avoir oubliées depuis près de deux ans.

Du reste, certains chez BAM! ne sont pas par principe opposés au vaccin anti-Covid mais envisagent une gestion dans laquelle le vaccin soit un des moyens et non le pilier de la politique sanitaire. C’est d’ailleurs une opinion qui est partagée par un nombre croissant d’experts[8].

Rendre responsables des divisions dans la population les personnes qui ont un avis ou font un choix différent n’est absolument pas justifié. Ces mêmes personnes font l’objet de mensonges, de discriminations et de stigmatisations, y compris de la part du gouvernement et de certains experts[9].

Enfin, stigmatiser « la violence des manifestations contre les politiques sanitaires » est, au mieux, de la naïveté. En Belgique, les victimes des casseurs sont en réalité les manifestants et leurs revendications. Ne soyons pas dupes : cette violence est exploitée tant par le gouvernement pour discréditer les manifestants que par les contestataires pour dénoncer la brutalité de la répression.

Pr Patrick Meyer

Puisque les auteurs de la Carte Blanche reprochent à BAM! d’avoir relayé les propos du Pr Patrick Meyer, mettons les choses au point. Celui-ci s’est toujours exprimé en son nom et n’a pas affirmé que le vaccin était responsable d’une surmortalité. Il a seulement dit qu’il décelait, sur la base de modèles prédictifs, une corrélation entre la surmortalité et la vaccination et a donc demandé à avoir accès aux données brutes anonymisées des décès et des vaccinations, afin de lever les doutes sur la surmortalité et ses causes, le cas échéant. Il n’est d’ailleurs pas le seul, puisque le Pr Doshi fait la même demande dans le BMJ[10].

Nous n’insisterons pas sur les amalgames douteux utilisés à l’encontre du Pr Meyer, le traitant de populiste. Ils sont totalement inappropriés dans un débat de niveau académique. Nous remarquons juste qu’aucun des trente signataires n’est parvenu à argumenter sur le fond. Si le but est de lever le doute, ces trente professeurs devraient, à l’instar du Pr Meyer, exiger l’accès aux données brutes des décès et des vaccinations.

En fait, il est surtout reproché au Pr Meyer « d’influencer les débats en cours sur la vaccination obligatoire »… alors qu’un débat est ouvert au Parlement et que des experts de multiples disciplines expriment leur opinion sur le sujet dans tous les médias !

Et lorsque le Pr Meyer dit dans l’interview de BAM![11] qu’il n’est « pas certain que, avec 100% de vaccinés, on soit encore en démocratie » , il exprime l'impossibilité scientifique de vérifier la balance bénéfice/risque de la vaccination (et donc sa justification) si l’entièreté de la population était vaccinée.

Consensus scientifique

Il n’y a pas “une science”, mais plutôt “une démarche scientifique”. Celle-ci possède quelques caractéristiques communes à toutes les disciplines. Elle consiste, sur la base d’observations, à émettre des hypothèses théoriques et ensuite, à tenter de les valider par l’expérience (ou l’observation rigoureuse étendue, dans certaines disciplines). Dès lors, toute hypothèse plausible ne peut être écartée tant qu’elle n’a pas été invalidée par l’expérience (ou l’observation).

Le consensus scientifique sur une question met beaucoup de temps à se former. Il nécessite idéalement la réalisation d’une méta-analyse de l’entièreté des analyses menées sur un sujet, de même qu’un débat contradictoire entre tenants de différentes théories pour valider les nouvelles observations, accepter les nouveaux concepts et arriver à forger une position commune (jusqu’à ce que le consensus soit remis en cause par de nouveaux éléments)[12].

Il est donc essentiel d’envisager toutes les hypothèses, de les débattre et de les vérifier. Le consensus scientifique ne consiste pas à réunir des personnes qui sont du même avis tout en faisant taire ceux qui ne le sont pas.


La liberté d’expression est-elle dangereuse pour la société ?

“La liberté d’opinion est une farce si l'information sur les faits n’est pas garantie et ce n'est pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat.” - Hannah Arendt

La Carte Blanche prétend que la diffusion d’informations contradictoires met en danger la population.

Faut-il un parti unique afin qu’il n’y ait plus de dissensions et que la population adhère aux décisions du gouvernement ?

Faut-il supprimer le Parlement pour éviter les verbiages inutiles qui pourraient désorienter la population ?

Soyons honnêtes : des informations non vérifiées ou fausses ont été diffusées, y compris par des ministres, des experts et la presse dite “de référence”. Que l’on soit face à une situation inédite et que l’on se trompe est compréhensible, mais empêcher la critique n’est pas acceptable. Elle est contingente au bon fonctionnement d’une société démocratique, et pour de bonnes raisons. D’abord, celle-ci permet d’éviter de reproduire les mêmes erreurs et assure une évolution constructive de la société. Ensuite, et contrairement à ce que semblent dire les signataires de la Carte Blanche, elle est essentielle pour favoriser sur le long terme l’adhésion de la population et préserver l’autorité de l’État.

Nous avons la modestie de penser que nous ne détenons pas la vérité. Mais nous croyons que la contradiction, l’échange et le débat sont essentiels pour progresser et se comprendre mutuellement.

Nous invitons donc les éminents professeurs qui ont pris le temps de signer la Carte Blanche du Vif à venir échanger leur point de vue chez BAM.

Hughes Belin et Marc-Henri Wouters pour BAM!


Lien vers la lettre : cliquez ici

[1] https://www.levif.be/actualite/belgique/l-absence-de-consensus-sur-la-veracite-des-faits-met-en-danger-la-sante-publique-carte-blanche/article-opinion-1517881.html

[2] https://actus.ulb.be/fr/presse/kit-media/le-principe-du-libre-examen

[3] https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)32545-9/fulltext#articleInformation

[4] https://ourworldindata.org/explorers/coronavirus-data-explorer?zoomToSelection=true&minPopulationFilter=1000000&facet=none&uniformYAxis=0&pickerSort=desc&pickerMetric=population_density&Metric=Confirmed+deaths&Interval=Cumulative&Relative+to+Population=false&Color+by+test+positivity=false&country=~USA

[5] https://bam.news/bam-detox/

[6] https://www.rtbf.be/article/tester-massivement-la-population-belge-avec-du-materiel-mobile-nous-pourrions-le-faire-assure-jean-luc-gala-10549238?id=10549238

[7] https://www.rtl.be/info/belgique/societe/coronavirus-jean-luc-gala-denonce-les-propos-de-nombreux-experts-il-a-raison-et-tout-le-monde-a-tort--1245642.aspx

[8] https://fb.watch/9YYZ7WQT8S/

[9] https://bam.news/articles/vaccination-une-citoyenne-poursuit-l-etat-belge-pour-incitation-a-la-haine/

[10] https://www.bmj.com/content/376/bmj.o102

[11] https://bam.news/videos/interview-de-patrick-meyer-professeur-a-l-uliege/

[12] https://covidrationnel.be/2021/07/18/quand-la-science-devoyee-nuit-a-la-sante/

Source photo : https://fr.wikipedia.org