Inquiétant précédent au Canada : test sur le contrôle numérique de la population

Le monde
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Retour sur une mesure gouvernementale sans précédent dans le « monde libre » en février 2022 : les opposants au gouvernement canadien et à son premier ministre ont vu, du jour au lendemain et sans aucun procès, leurs comptes bancaires suspendus et leurs cartes de crédit annulées.

Est-ce une bévue d’un « jeune leader » qui a révélé, par excès de confiance, une mesure potentielle dénoncée par avance et depuis longtemps par les « complotistes » ? Ou bien est-ce un ballon d’essai pour savoir, concrètement, si le contrôle numérique de la population est faisable, dans un pays dit « démocratique » ?

Janvier 2022. Des chauffeurs de poids lourds canadiens initient le Convoi de la liberté pour s’opposer à l’obligation vaccinale imposée par le gouvernement canadien. Une campagne de financement participatif est lancée sur GoFundMe et recueille plus de 8M$. Mais la plateforme elle-même bloque la campagne. « Nous avons des preuves de la part des forces de l'ordre que la manifestation auparavant pacifique est devenue une occupation, avec des rapports de police faisant état de violence et d'autres activités illégales »  [1]. Une autre campagne est alors lancée sur GiveSendGo et lève 9,7M$ venant de plus de 89 000 donateurs avant que celle-ci ne soit piratée par trois fois et les données des donateurs fuitées (adresses mél, noms, adresses IP…). Le site est gelé.

Activation de la loi antiterroriste

Le 14 février, Trudeau devient le premier chef d’État canadien à invoquer la Federal Emergencies Act (loi sur les mesures d’urgence) et ce sans ordre du tribunal. Des personnes qui ont soutenu le convoi, financièrement et logistiquement, ou ont participé à l’occupation d’Ottawa, sont touchées par les clauses sur le financement du terrorisme. « Le gouvernement décrète une urgence d'ordre public décrite comme ‘une urgence qui découle de menaces à la sécurité du Canada et qui est si grave qu'elle constitue une urgence nationale’ »  [2].

Les plateformes de financement participatifs ainsi que les services de paiement sont désormais obligés de s’enregistrer auprès du Centre d'analyse des opérations et déclarations financières du Canada (CANAFE-FINTRAC), l'unité de renseignement financier. Et ce, malgré la déclaration du directeur adjoint du centre, Barry MacKillop devant le comité de la sécurité publique et nationale du Parlement canadien : « Je pense qu'il y avait des gens dans le monde entier qui en avaient assez du COVID, qui ont vu les manifestations contre le COVID (obligations) et qui voulaient simplement soutenir la cause. C'était leur propre argent, donc ce n'était pas de l'argent qui finançait le terrorisme ou qui était du blanchiment d'argent »  [3].

Suspension des comptes

Et pourtant… la loi sur les mesures d’urgence permet, entre autres, d’autoriser les institutions financières à geler ou à suspendre les comptes bancaires des participants et à annuler leurs cartes de crédit sans ordonnance du tribunal [4]. Les autorités fédérales, notamment la RCMP (gendarmerie nationale), se sont donné le droit de partager des informations avec les banques et institutions financières pour identifier les personnes visées. Certes, la loi a été révoquée le 23 février, mais le 25 février, le gouvernement d’Ontario a donné l’ordre de fermer 39 sociétés de transport pour avoir pris part au mouvement [5].

Quelque 210 comptes (d’une valeur totale de 7,8M$) ont ainsi été gelés. Il n’y avait pas d’obligation à en informer le titulaire du compte et celui-ci ne pouvait faire aucune déclaration aux institutions financières ou aux forces de l’ordre. Le gouvernement s’est donné deux moyens de cibler les comptes : soit par la liste fournie par la gendarmerie (RCMP) aux institutions financières, soit par ces institutions elles-mêmes via des algorithmes pour détecter si leur client était impliqué dans le convoi.

Pourtant, beaucoup de personnes ont contribué à la campagne alors que les manifestations n’étaient pas encore déclarées illégales. C’était, par exemple, pendant cette période de légalité que Briane, mère célibataire au salaire minimum, en un clic depuis chez elle, a versé 50$ à la campagne. Son compte a été bloqué sans préavis. C’est le hic de la numérisation de la monnaie, dénoncé par les « complotistes » : la technologie qui permet de commander une pizza du fond de son lit est la même qui permet au gouvernement de couper les vivres à ses opposants [6].

Un caprice ou un système ?

Si la Loi d’urgence n’a pas fait long feu, elle a créé un précédent. Un ballon d’essai ? Quand on suit les flux d’argent, on tombe sur des idées. Et quand on suit les idées ont tombe sur les têtes d’où elles sortent.

Celle de Klaus Schwab, par exemple. Le premier ministre canadien Justin Trudeau n’est pas ancien élève de son école des Young Global Leaders, mais Schwab fait de lui un modèle à suivre : « Cette notion d’intégrer de jeunes dirigeants fait partie du mouvement économique mondial depuis de nombreuses années. Angela Merkel et même Vladimir Poutine sont des diplômés du Forum des jeunes dirigeants mondiaux. (Merkel, Sarkozy, Aznar, Blair et Brown si, formés aux Global Leaders for Tomorrow, précurseur de YGL. Poutine, non. NDLR) [7]. « Ce dont nous sommes fiers maintenant, c’est la jeune génération, comme le Premier Ministre Trudeau. /…/Nous pénétrons (sic) les cabinets » [8], poursuit-il.

Parmi les onze Young Global Leaders du cabinet Trudeau [9], la plus exemplaire – Chrystia Freeland, vice-première ministre et ministre des Finances du Canada, a annoncé ces mesures en menaçant de les rendre permanentes. Elle est, par ailleurs, lauréate de la bourse Rhodes, cousine du programme YGL.

Ou Jagmeet Singh, dirigeant du New Democratic Party. La loi d’urgence ne se serait pas passée à la Chambre des communes, la chambre basse du parlement canadien, sans le soutien de la NDP au parti Liberal de Trudeau. Le 22 mars, les deux partis entrent d’ailleurs en coopération, mettant le gouvernement Trudeau dans la majorité [10].

En dehors du Canada, les dirigeants qui ont imposé des mesures draconiennes – Alexandre De Croo, Emmanuel Macron, Jacinda Ardern – sont eux aussi des YGL. Est-ce que l’invocation de la loi d’urgence était juste une bourde trudeauienne ou a-t-elle permis de tâter le terrain du contrôle des populations à la sauce Forum économique mondial ?

Ce n’est pas une lettre à la poste

Le 17 février, la Fondation canadienne de la Constitution (Canadian Constitution Foundation) a annoncé qu'elle lance une contestation judiciaire de l'invocation de la Loi sur les urgences par le gouvernement fédéral : « Le seuil d'utilisation de la Loi sur les urgences est extrêmement élevé et n'a pas été atteint. La décision d'invoquer la Loi sur les urgences, qui n'a jamais été utilisée ou interprétée par les tribunaux, est sans précédent. Si le Parlement autorise la proclamation de l'urgence en matière d'ordre public, les tribunaux seront le dernier rempart de l'État de droit » [11].

Cette fondation n’est pas la seule à contester ce qui s’est passé. Les procureurs généraux des États américains du Texas et du Missouri ont ouvert des enquêtes sur GoFundMe pour avoir bloqué les dons aux manifestants du Convoi de la liberté à Ottawa.

Aujourd’hui, la plupart des mesures sont levées, mais partout des actions en justice demandent des comptes. Est-ce que le gouvernement s’est fait taper sur les doigts pour être allé trop loin en étalant au grand jour son pouvoir, renforçant la méfiance des citoyens ? Ou au contraire, est-ce que cela a été une opportunité « non gaspillée » pour voir jusqu’à quel point la population se soumet ? La prochaine crise le dira.

Par Katiouchka, correspondante de BAM! pour l’Amérique du nord

 


[1] National Public Radio (Etats-Unis) Ontario premier calls on COVID restriction protesters to end their occupation'https://text.npr.org/2022/02/04/1078415610/

[2] Idem

[3] Toronto Sun, “Federal intelligence expert says Freedom Convoy donors no threat” https://torontosun.com/opinion/columnists/goldstein...

[4] CTV News 15 février 2022 “The Emergency Act has been enacted. Here’s what that means” https://www.ctvnews.ca/politics/the-emergencies-act...

[5] Ontario gov’t shuts down 39 trucking businesses for taking part in Freedom Convoy

https://www.lifesitenews.com/news/ontario-govt-shuts-down...

[6] Neil Parmenter, CEO of Canadian Bankers Association: Digital ID
https://rumble.com/vvmcx6-neil-parmenter-ceo-of-canadian-bankers-association-digital-id.html

[7] World Economic Forum – The First 40 Years. Nominés de 1992, p 113 https://ratical.org/WEF_First40Years_Book_2010.pdf

[8] Schwab’s Wiener Lecture points to challenges and opportunities of new industrial revolution.
https://www.hks.harvard.edu/more/alumni/alumni-stories/... et https://www.youtube.com/watch?v=AoBRnrtX9U4 à 1h08m30s

[9] The Great Reset – Liberals, Conservatives, NDP all involved and seem to be working together towards SDG’S
https://divergemedia.ca/2020/11/23/great-reset...

[10] Bureau du Premier ministre Justin Trudeau https://pm.gc.ca/fr/nouvelles/communiques/2022/03/22/

[11] Canadian Constitution Foundation Emergencies Act challenge https://theccf.ca/?case=emergencies-act-challenge