La guerre en Ukraine est une guerre et à ce titre, je n’y souscris aucunement, car en fin de compte, ce sont les peuples concernés qui finissent toujours par en souffrir. Sur cette triste affaire, toutefois, cette tribune ne concerne que mon domaine de compétence, à savoir l’énergie.


En géologie, on appelle une concentration de ressources telles que celles de la Russie un « scandale géologique ». Sixième pays du monde en ressources pétrolières, elle possède 103 milliards de barils de pétrole (6 %). Ses réserves de gaz naturel (39 mille milliards de m³) font d’elle le premier pays au monde (20 %). Celles de charbon, avec 157 milliards de tonnes (18 %), sont les deuxièmes au monde après les États-Unis. Elle possède 14 % des réserves d’énergie fossile et fournit 12 % de la demande mondiale. Elle détient aussi 9 % de l’uranium mondial, ce qui est important étant donné la politique agressive de vente de centrales nucléaires dans le monde et au regard du développement de cette énergie dans les prochaines années. Dans sa communication du 8 mars sur le gaz russe [a], la Commission européenne annonce qu’il représente 45 % des importations de l’UE (et non pas 40 % comme on le lit souvent), le pétrole et les produits pétroliers (dont le diesel) 33 %, le charbon 26 % et l’uranium 20 %. Jusqu’à récemment l’UE importait de l’ordre de 170 milliards de m³ par an (Gm³/a), en fonction de la rigueur hivernale puisque le gaz sert, pour 70 %, à se chauffer. Penser à remplacer le gaz russe par les éoliennes et les panneaux solaires révèle donc une ignorance totale de la politique énergétique.

L’indépendance énergétique : une utopie

Sans reconnaître son erreur stratégique d’avoir visé le « tout renouvelable », la Commission européenne prétend que l’UE « peut atteindre l’indépendance vis-à-vis du gaz russe bien avant la fin de la décennie ». Comment ? Avec son utopique stratégie hydrogène [b]? En isolant rapidement les bâtiments dont la première directive sur leur performance énergétique [c] date de 2002 ? En installant encore plus de panneaux solaires achetés aux Chinois, alors qu’après 40 ans de subventions, cette énergie ne représente que 0,7 % de la demande en énergie primaire [d]? En simplifiant les procédures administratives pour accélérer le développement des énergies renouvelables alors que cela figurait déjà dans une directive de 2001 ? En continuant à nier l’importance de l’énergie nucléaire (dont aucune mention n’est faite dans REPowerEU) ? En augmentant les importations de gaz norvégien, dont l’entreprise d’état, Equinor, vient d’annoncer une augmentation de 1,4 Gm³/an, soit 1 %, de nos importations de gaz russe, afin d’aider l’UE ? En déviant vers l’UE la moitié du gaz naturel liquide (GNL) mondial destiné à l’Asie, comme si ces pays accepteraient leur suicide économique pour venir à notre secours ? En important plus de gaz d’Algérie alors que les gouvernements français successifs et plus récemment, celui de Madrid, sous le contrôle des communistes de Podemos, interdisent la connexion gazière entre la Catalogne et Perpignan ? Arrêtons ici le chapelet d’incultures énergétiques des nouveaux maîtres du Rond-point Schuman.

Des sanctions à double tranchant

Pour nous comme pour les Russes, les sanctions décidées par l’UE sont à double tranchant, mais pas pour les États-Unis, qui les ont suscitées. Si nous devons payer plus cher l’énergie et le blé que nous importons de la Russie, nous pénaliserons nos exportations de produits de haute technologie vers ce pays. Les prix insupportables de l’énergie et le manque à gagner du marché russe entraîneront des faillites en cascade de PME. Les stratèges du Service Européen pour l’Action Extérieure de l’UE ont-ils pris la peine de mesurer les conséquences de ces sanctions fortes, immédiates et inégalées dans l’histoire de l’UE ? Ont-ils vérifié si l’Europe Spatiale pourra se passer de la Russie ? Étaient-ils conscients qu’ils mettent en péril [e] le projet ITER de fusion nucléaire — une pièce stratégique (le rotor) étant fabriquée par la Russie ? Nous nous sommes mis à dos un partenaire qui a besoin de nous et dont nous dépendons. Le maître du Kremlin est autoritaire (c’est le moins qu’on puisse dire) et, à ce titre, il ne faudrait pas faire d’affaires avec lui ? Et si l’on parlait de la démocratie au Moyen-Orient ? Et en Chine ? Et quel est le dirigeant des 54 pays d’Afrique qui est indépendant de toute ingérence d’une grande puissance étrangère? Pourquoi deux poids, deux mesures ? C’est bien la preuve que l’approvisionnement en énergie est tellement crucial que l’on ne s’embarrasse pas de morale dans ce domaine.

Les faces d’une même pièce

J’ai personnellement eu la naïveté de croire que l’UE et la Russie ne pouvaient pas briser leur partenariat énergétique, tant leur dépendance était mutuelle. L’UE demandait une sécurité d’approvisionnement et la Russie, une sécurité de la demande ; ils étaient tous deux comme les faces d’une même pièce. Avec la mise au ban de la Russie, les investissements nécessaires seront faits par d’autres puisque la morale n’est pas une clé de lecture de la géopolitique — et particulièrement celle de l’énergie. L’UE va perdre une « sécurité d’approvisionnement énergétique » russe qui depuis 40 ans ne lui a pourtant jamais fait défaut jusqu’ici.

La faute historique de Vladimir Poutine suffit-elle à masquer celle des stratèges de l’UE qui n’ont pas pleinement réalisé notre dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie ? L’évangéliste Luc rapporte ces propos de Jésus : « En effet, si l’un de vous veut bâtir une tour, est-ce qu’il ne prend pas d’abord le temps de s’asseoir pour calculer ce qu’elle lui coûtera et de vérifier s’il a les moyens de mener son entreprise à bonne fin ? Sans quoi, s’il n’arrive pas à terminer sa construction après avoir posé les fondations, il risque d’être la risée de tous les témoins de son échec. » (Luc 14.28-29). Est-ce que les stratèges du Rond-point Schuman ont bien calculé le coût de leurs décisions ou bien se sont-ils contentés de suivre Obama et Biden ?

Un marché de dupes

Les États-Unis, à travers l’OTAN, nous ont entraînés dans une impasse. Avec toute l’énergie dont ils disposent, ils veulent maintenant nous vendre leur gaz de schiste dont la Commission européenne n’a pas eu le courage de défendre l’exploitation sur son propre territoire. Elle a permis aux écologistes, notamment du Parlement européen, de convaincre la population européenne que la production de ce gaz était polluante, alors que la même technologie est autorisée dans la fracturation hydraulique pour la géothermie. Il semblerait que cela s’est fait avec la complicité d’intérêts russes [f]. D’autres alliés des États-Unis ne sont pas aussi naïfs que l’UE. Alors que nous ne voyons pas comment réduire nos importations de pétrole russe, l’Inde, qui le 2 mars s’est abstenue lors du vote de la résolution de l’ONU qui exige que la Russie cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine, vient de signer un accord avec Moscou pour lui acheter du pétrole [g].

Avons-nous le choix ?

Vladimir Poutine demandait que toute la Crimée soit historiquement reconnue comme russe, et pas seulement Sébastopol, déjà considéré comme tel. Il réclamait le respect des accords de Minsk. Aussi injustifiée que sa guerre puisse être, il est temps de prendre en compte certaines de ses demandes pour l’arrêter — chaque jour, des gens meurent inutilement à cause de cette guerre. Peut-être que la monnaie d’échange serait-elle aussi une garantie de vente de l’énergie russe à l’UE ? L’ouverture du flux de gaz au travers du Nord Stream 2 ? C’est difficile à imaginer aujourd’hui, mais rien n’est stable en géopolitique de l’énergie, et des entreprises comme Shell, Engie ou BASF vont-elles mettre à la poubelle leurs milliards d’investissements ? Je crains que nous n’ayons pas le choix. L’UE a banni sa propre production de gaz naturel et de pétrole. Elle devrait explicitement reconnaître son erreur concernant l’importance cruciale de toutes les énergies primaires, y compris les fossiles et plus particulièrement celle de son partenariat avec la Russie, faute de quoi la population continuera à croire à la fable des énergies renouvelables. Je répète, la morale n’est pas une clé de lecture de la géopolitique de l’énergie, car l’énergie c’est la vie.

Il est temps pour l’UE de se détourner du climato-gauchisme, le grand reset de la transition énergétique qui promet un lendemain propre, vert et bucolique. Notre dépendance énergétique démontre que c’est tout le contraire. Tout cela laisse dubitatif. Qui a manœuvré pour nous conduire à ce désastre ? Une erreur de cette envergure ne saurait être due à de l’inadvertance. Pourtant, dans son Livre vert sur la sécurité d’approvisionnement énergétique [h], la Commission européenne de 2000 avait vu juste : elle avait développé une stratégie de diversification des énergies primaires, des pays d’importation et des routes et infrastructures d’importation. La Commission de Romano Prodi et Loyola de Palacio y prônait un dialogue énergétique UE-Russie. Mais c’était avant que l’écologisme ne prenne le pouvoir à Bruxelles et Strasbourg. C’est dommage, car depuis 1951, l’UE était pourtant très bien partie en matière d’autonomie énergétique. En politique énergétique et géopolitique de l’énergie, les erreurs se paient très cher et les conséquences sont durables.

Par Samuel Furfari, Professeur en géopolitique de l’énergie

   

[a] https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_22_1511

[b] https://ec.europa.eu/info/news/focus-hydrogen-driving-green-revolution-2021-abr-14_fr

[c] https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32002L0091&from=FI

[d] https://www.connaissancedesenergies.org/tribune-actualite-energies/energies-renouvelables-dans-lue-de-la-perception-aux-realites

[e] https://www.lesechos.fr/pme-regions/provence-alpes-cote-dazur/deja-fragilise-le-projet-de-fusion-nucleaire-iter-plombe-par-les-sanctions-russes-1392938

[f] https://www.gatestoneinstitute.org/18330/russia-funding-environmental-groups

[g] https://www.wsj.com/articles/india-to-buy-russian-oil-at-discount-amid-ukraine-war-11647446532

[h] https://op.europa.eu/fr/publication-detail/-/publication/24d608fc-5e8a-4ead-816e-98ce902b8a5d/language-fr/format-PDF/source-search

 

La guerre, c’est moche! Ce n’est pas la victoire d’un camp sur un autre. C’est avant tout une faillite de l’Humanité et de notre humanité. Les images sont malheureusement toujours une répétition de l’horreur, dans toute sa banalité.


Pour les médias mainstream, il semble que la crise covid est déjà très loin. Ce qui perdure toutefois, pour la RTBF, est le choix du traitement binaire de l’information. Autrefois, il fallait prendre le parti d’un État qui bafouait les lois, s’attaquait aux libertés : celle de penser, celle de son choix médical, celle de demander un débat éclairé. Il fallait prendre le parti pris de la techno-science vaccinale, le camp du bien ; contre les antivax et autres complotistes tous fachos, le camp du mal.

La RTBF a ainsi durant deux ans géré l’information par le prisme du bien et du mal s’inventant une doxa moralisatrice plus proche de l’idéologie que de l’information.

Pourquoi changer une recette qui gagne ? Le binaire amène du clic et de l’audience, semble-t-il…

Même traitement pour la crise ukrainienne

Une fois la crise ukrainienne survenue, le traitement binaire reste de mise avec un découpage grossier qui nous donne d’un côté le bon Ukrainien, de l’autre le mauvais Russe.

Les questions « compliquées » qui fâchent ou qui demandent de la nuance comme :

  • Le statut différencié des Ukrainiens, comme réfugiés par rapport à d’autres groupes : Syriens, Afgans, Lybiens, …
  • L’Etat belge qui refuse de baisser les taxes sur les carburants alors qu’il n’y a pas de pénurie mais bien de la spéculation.
  • L’utilisation par la Commission Européenne du fonds européen de 6 milliards d’euros pour la « paix », pour financer l’achat d’armes à l’Ukraine. Cela ne s’invente pas ! Avec quelle légitimité démocratique, l’Union qui n’a aucun champ d’intervention militaire dans ses attributions, décide de financer de l’armement ? Comme hier, des vaccins !
  • Des stratégies de communication discutables scénarisées par le pouvoir ukrainien montrant Paris et Berlin bombardées dans des clips pour influencer l’opinion publique européenne en vue d’un engagement militaire extrêmement risqué par rapport au maintien de la paix mondiale. 

Les questions sont très nombreuses autour de ce conflit et méritent qu’on s’y attarde avec nuance !

Nourrir la vision binaire coûte que coûte

La RTBF s’y intéressera peu. Elle a d’autres casseroles sur le feu (sans mauvais jeu de mot).
Pour nourrir sa nouvelle croisade en faveur du « bien » : le soutien inconditionnel à l’Ukraine. Comme si il y avait obligation de prendre parti ! La RTBF s’est intéressée aux valeureux combattants belges qui n’écoutant que leur courage partaient se battre en Ukraine pour la bonne cause.

Durant son journal télévisé du mardi 8 mars, la RTBF n’a pas hésité à donner la parole à un Liégeois sur le départ … omettant de porter un regard plus approfondi sur la décoration murale du logement, arborant fièrement une affiche avec le logo du corps franc wallon, une référence directe à la Légion Wallonie, branche wallonne de la Waffen SS pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est à la perspicacité des téléspectateurs et des internautes qu’on doit une réaction indignée. Le Soir, jamais en reste de désinformation, était aussi tombé dans le panneau avec une interview du même « guerrier ». Apparemment, un petit détour par le profil Facebook de l’intéressé aurait donné un éclairage immédiat sur son profil de « va-t-en-guerre », héros du JT.

Grande adepte de la censure, la RTBF s’est appliquée à elle-même l’auto-censure en effaçant toute trace de l’interview honteuse sur ses sites. Passons sur les explications et justifications de la RTBF qui voit une « absence de mise en perspective ». On est loin de la culture danoise ou allemande où certains médias n’ont pas hésité à faire un mea culpa public pour la gestion alarmiste de la crise covid.

Il y a quelques semaines, la RTBF voyait des groupuscules fascistes dans toutes les manifestations pour la liberté, dans le cadre de la crise covid. Aujourd’hui, la même RTBF n’arrive pas à distinguer un « vrai facho » qui leur met sous le nez sa proximité avec l’idéologie nazie.

Vision binaire et qualité d’information sont décidément des genres à ne pas mélanger.

Par Philippe Davister


Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité de l’auteur et ne représentent pas nécessairement celle de BAM!

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Fin 2020, je lançais un crowdfunding sur la plateforme KissKissBankBank pour financer mon documentaire « Ceci n’est pas un complot ». Lorsque les contributions ont atteint un montant significatif, le journal Le Soir s’est fendu d’une pleine page titrée « Sur les sites de crowdfunding, le complot ça rapporte »[1].


Le titre de l’article m’a semblé trompeur pour les contributeurs : « le complot, ça rapporte ». D’une part, je ne préparais pas un complot, mais un film. D’autre part le crowdfunding avait généré 74 000 euros net. Cette somme représente 37% du budget moyen d’un documentaire en Fédération Wallonie Bruxelles. Le film ne m’a rien rapporté financièrement.

Dans le livre « Chronique d’un retour de flamme »[2], je reviens en détail sur cet épisode, et d’autres qui ont jalonné la sortie de « Ceci n’est pas un complot ».

Il y a quelques jours, j’ai lancé le crowdfunding de mon deuxième documentaire sur la crise Covid, intitulé     « Ceci n’est plus une crise sanitaire »[3]. J’avais souhaité travailler à nouveau avec KissKissBankBank, qui avait réalisé avec mon précédent film sa plus grosse collecte en Belgique. La plateforme a pourtant décidé ne pas héberger mon nouveau projet, au motif que le sujet « déjà touchy de la première campagne » avait gagné en ampleur avec les polémiques concernant le financement de « fake news ». J’ai donc décidé de créer avec une agence spécialisée ma propre plateforme. Le résultat est plutôt encourageant puisqu’un premier palier de 50 000 euros a été dépassé.

Je devrais me réjouir de ce succès, d’autant que les contributions continuent d’arriver. Mais toute médaille a son revers. Si le projet est globalement bien accueilli, il a aussi engendré dans mon « premier cercle » des réactions dont je n’avais pas imaginé la violence.

Une des explications possibles est que la campagne vaccinale a divisé la société en deux camps qui se regardent en chiens de faïence : les « vaccinés » et les « antivax ». Cette dichotomie est évidemment réductrice, la question n’est pas là. La stigmatisation des « antivax » - ces irresponsables, ces égoïstes, ces imbéciles - est largement encouragée par certains politiques, experts et éditorialistes de sorte que la parole se libère au sein même des familles et des cercles d’amis.

Ainsi on accuse mon nouveau mon teaser vidéo[4] d’encourager le populisme ou de faire le jeu de l’extrême droite.... Un ami ( ?) m’écrira même : « je trouve ta collecte de fonds profondément malsaine et ton prosélytisme nauséabond ».

Je tiens bon face aux critiques, parce que je veux réaliser un film nécessaire, et parce que le financement participatif est la seule manière de produire un documentaire sans l’appui des chaînes de télévision et de possibles subventions. Les journalistes et documentaristes « dissidents » s’en remettent entièrement à leur audience pour financer leur travail. Les lecteurs de BAM ! le savent mieux que quiconque.

Par Bernard Crutzen, réalisateur indépendant


Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité de l’auteur et ne représentent pas nécessairement celle de BAM !

[1]https://www.lesoir.be/338647/article/2020-11-18/sur-les-sites-de-crowdfunding-le-complot-ca-rapporte
[2]Le livre n’est pas disponible dans le commerce, il est réservé aux contributeurs du nouveau crowdfunding.
[3]https://cnpcs.be/
[4]https://youtu.be/t8pB_-UbDho

Categories: Bernard Crutzen 

© SMT alias Alain Schmidt

ll est bien connu que tout intervenant public, et par conséquent tout présentateur de journal télévisé du service public et tout politique, pèse soigneusement ses mots.

Depuis des mois, tout est mis en place pour déformer la réalité, minimiser certains aspects, en grossir d’autres à la loupe. Discours simpliste distillé en boucle à longueur de journée et partout.

Un débat houleux agite et polarise le monde scientifique et la société. Dans cette crise sanitaire si complexe et changeante, il y aurait un consensus scientifique qu’il ne faudrait pas remettre en question. Et pourtant, nous avons toutes les raisons de douter.

Samedi 29 janvier 2022, des intellectuels italiens s'étaient déplacés jusqu'à Paris afin de rencontrer des acteurs de l'opposition française à cette gestion de crise sanitaire transformée en crise sociale et politique.

J’ai eu le plaisir et l’honneur d’être convié à cette réunion à laquelle j’ai assisté et participé en tant qu’intervenant francophone belge.

Mon intervention s’inscrivait dans le thème de l’après-midi « stratégies d'action » et avait pour sujet délicat « l’usage de la violence légitime comme réponse possible aux abus de la violence légale exercée par le biopouvoir ».

Le temps réservé à chaque intervention ayant été réduit à 5 minutes, il était bien évidemment inenvisageable de développer ce sujet, aussi me suis-je limité à lancer quelques idées cruciales qui me semblaient nécessaires d’approfondir. Mon intervention fut donc une invitation à l’élaboration d’un débat sur ce thème en nourrissant l’espoir de pouvoir aboutir à un consensus minimum sur la validité de ce concept.

J’ai donc décidé de prolonger cette intervention par ce présent texte qui permettra je l’espère et je le souhaite, de développer un peu une ébauche de ce thème difficile à évoquer aujourd’hui sans être immédiatement accusé d’inciter à la violence, accusation dont je me défends ici de manière préventive, car il n’est pas question d’incitation, mais de réflexions et de débats.

Ma démarche est celle d’un intellectuel, philosophe, psychanalyste, qui aimerait analyser et « penser » ce qui me semble relever de l’impensé et de l’impensable en dépassant cet horizon politique indépassable de la violence légitime dont la seule évocation semble relever du sacrilège du politiquement correct et de la pensée convenue.

La question qui se pose donc aujourd’hui, à contrecourant de la doxa dominante pour moi après deux années de régime sanitaire autoritaire liberticide est de savoir si le recours à la violence légitime peut constituer une réponse acceptable et pertinente aux abus de la violence légale détenue par le biopouvoir et qui s’est exprimée depuis deux ans sous plusieurs formes :
- violence émotionnelle, symbolique, judiciaire, économique, administrative, médicale, psychologique, policière.

Face aux déclinaisons de ces violences exercées par le biopouvoir, de nombreuses manifestations pacifiques ont eu lieu et se produisent encore chaque semaine, ainsi que des actes de désobéissance civile mais sans véritablement faire reculer le biopouvoir, le rapport de force étant en faveur de ce dernier encore et toujours conforté par une très large majorité d’adhérents aux mesures contraignantes et liberticides grâce au formatage et à la fabrique de l’opinion et du consentement (non éclairé) par les médias de masse et aidés par la soumission à l’autorité et par les tendances conformistes structurelles à l’espèce humaine (Théorie mimétique de René Girard, psychologie des foules de Gustave Le Bon, expérience de Hash et expérience de Milgram).

Peut-on dès lors envisager l’usage de formes de violence légitime pour rétablir le rapport de force et restaurer les droits et les libertés abolies et confisquées au nom de l’impératif de bonne santé définit par le biopouvoir, la santé étant un bien et pas une valeur contrairement à ce que raconte et prétend le récit du régime par l’intermédiaire de la propagande quotidienne et de sa novlangue hygiéniste et sanitaire, la LQR sanitaire, la « Lingua Quintae Respublicae » remarquablement développée par Eric Hazan dans La propagande au quotidien en 2006, la « langue républicaine » étant associée à la LTI (Lingua Tertii Imperii) du philologue Victor Klemperer, un décryptage de la novlangue nazie utilisé comme moyen de propagande et publié en 1947.

Peut-on être légitimement hors la loi et en assumer les conséquences ?
La violence légitime peut-elle se concevoir comme une légitime défense contre ces abus et se justifier au nom de la légitime défense ?

Depuis l’avènement de la démocratie parlementaire au 17e siècle avec la Révolution anglaise puis plus tard par la Révolution française, l’usage de la violence légitime a été relégué au rang du tabou et de l’interdit par l’instauration du contrat social (Hobbes, Locke, Rousseau).
Ce concept s’est depuis figé tout au long de l’histoire et plus particulièrement à la suite des deux dernières guerres mondiales. L’idée d’insurrection populaire légitime est ainsi devenue un gros mot que seuls quelques rares intellectuels osent encore prononcer (le sociologue Michel Maffesoli notamment avec l’ère des soulèvements).
La violence comme la mort sont d’ailleurs les deux grands tabous de notre civilisation occidentale et ce n’est pas un hasard, l’une et l’autre étant reliées par des liens symboliques et émotionnels articulés autour de la peur, cette peur qui nous gouverne depuis le début de la pandémie.

Nous avons peur de la mort comme nous avons peur de la violence, car nous avons peur de la violence de la mort qui met un terme à la vie et nous avons peur de la violence qui déchaîne les pulsions primaires qui peuvent engendrer la mort.
Il s’agit d’une boucle rétroactive. Les deux sont donc intimement liés dans notre psychisme et demeurent des impensés dans notre société qui préfère éviter le sujet par peur de ce qu’il pourrait révéler et déclencher. Bref la peur gouverne souverainement et totalement, c’est le triomphe de Thanatos sur Eros battu en brèche et obligé de se défendre, de se cacher et de s’exprimer sous d’autres formes.
Profondément marqué par le climat de guerre civile lors de la première Révolution anglaise, Thomas Hobbes développe en 1651, dans son Léviathan, l'idée selon laquelle les hommes, à l'état de nature, cherchent uniquement à survivre et ne pensent qu'à une chose : défendre leurs intérêts personnels. Afin d'éviter que se réalise la maxime « l'homme est un loup pour l'homme », il lui apparaît à l’époque nécessaire qu'une instance supérieure soit chargée de pacifier la société, et même par la violence s'il le faut.
Cette violence est alors acceptée sous forme d'un contrat social par les individus et elle est gérée par l'État qui s’arroge le monopole de la violence légale et légitime exercée par la police au service du pouvoir judiciaire.

Hobbes définit l'état de nature comme une « bellum omnium contra omnes », c'est-à-dire une guerre de chacun contre tous.
Parce que cet état de nature est problématique pour les individus, qui ne peuvent sécuriser leur propriété, leur vie, leur descendance, et ne peuvent se consacrer efficacement à leur travail, un Léviathan est créé par contrat. Les individus se réunissent en assemblée et décident d’aliéner leurs libertés individuelles et de confier à l’État la mission de la sécurité de tous.
Le Léviathan de Hobbes tire son titre du monstre biblique évoqué dans le livre de Job, il représente le corps de l'État souverain formé par les individus qui le composent.
Cependant, Hobbes prévoit aussi un droit de résistance aux abus de l’État, lorsque ce dernier met en péril la vie de ses sujets. La préservation de la vie peut donc être invoquée comme principe supérieur à la valeur du contrat puisque c’est pour sa sauvegarde que l’État a été instauré.

Le concept du contrat social a ensuite été développé plus tard par John Locke et Jean-Jacques Rousseau en introduisant deux différences importantes et fondamentales. Alors que pour Hobbes la logique dans laquelle s’inscrit le pacte est sécuritaire (préserver la sécurité en rompant avec l’état de nature, guerre de tous contre tous), pour Locke il s’agit de garantir les droits naturels, vies, libertés et propriétés privées (logique libérale).

Enfin pour Rousseau le contrat social a pour but de rendre le peuple souverain, et de l’engager à abandonner son intérêt personnel pour suivre l’intérêt général et instaurer la liberté et l'égalité (Volonté générale, logique démocratique).
Cependant, Rousseau introduit également une réserve à cette doctrine, à savoir que les individus ne doivent jamais se dessaisir de leurs droits fondamentaux.

Or, lorsque les individus sont dépossédés de leurs droits fondamentaux, circuler, travailler, se soigner, que leur reste-il lorsque le droit lui-même n’est plus respecté et que la justice refuse de reconnaître leurs plaintes légitimes ?
En France l’État a rejeté plus de 20.000 plaintes jugées non recevables.
En moins de deux ans, en France comme en Belgique, la rupture du contrat social traditionnel a accouché d’un nouveau contrat social de type vaccinal et d’un apartheid sanitaire produisant une dégradation et un déclassement de la notion de citoyenneté. Et ceci par la promulgation de nouvelles lois instaurant un régime sanitaire liberticide et anticonstitutionnel, et ce malgré l’aval et les contorsions sémantiques élaborées par le Conseil Constitutionnel en France ou encore celles rendues par les arrêts du Conseil d’État en Belgique mais qui ne remettent pour autant nullement en cause la nature profonde du régime en place.

On pense alors ici à Blaise Pascal qui écrivait "La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste."

Ou encore à Otto von Bismark à qui l’on attribue d’avoir dit « la force prime le droit » estimant que le pouvoir exécutif, détenteur de la force, se devait d’aller de l’avant lorsque les débats au sein du pouvoir législatif, supposés dire le droit, ne débouchaient sur rien.

La force doit-elle alors primer sur le droit lorsque ce dernier n’est plus appliqué voire lorsqu’il est violé ou lorsque la loi n’est soit plus légitime soit plus respectée ?
Et cette force peut-elle s’exprimer et s’exercer par une forme de violence devenue légitime par non-respect des droits élémentaires et fondamentaux ?
La légitime défense comme dernier recours peut-elle être un argument d’autorité légitime dans l’exercice d’une certaine forme de violence acceptable et proportionnée aux dommages occasionnés ?

On voit ici combien les arguments et les principes qui sous-tendent le contrat social classique tel qu’il a été conçu et élaboré entre le 17e et le 18e siècle se sont évaporés avec les régimes d’urgence sanitaire mis en place et dont le caractère temporaire n’est absolument pas garanti : la préservation de la vie chez Locke et la mise à mal de la devise républicaine dont Rousseau est un des inspirateurs, liberté, égalité et plus tard, fraternité.

En réalité et d’une manière générale, il faut bien comprendre que lorsque la loi n’indique plus son sens, sa direction, et qu’elle est donc devenue littéralement insensée, elle devient illégitime aux yeux de certains individus citoyens qui ne la respectent plus, ne la reconnaissent plus et commencent à la contester par tous les moyens légaux et pacifiques dans un premier temps.

À cet égard, il faut aussi rappeler que la loi n’est pas le gibet et que le droit a toujours distingué la loi positive qui porte le sens et la sanction, la peine. Ainsi, la confusion et l’amalgame entre la Loi et la loi pénale deviennent préjudiciables pour la légitimité et le respect de la loi elle-même et dégradent l’esprit qui l’anime depuis sa conception (Montesquieu, l’Esprit des lois).

Par conséquent, une loi qui perd sa légitimité devient peu à peu illégitime, non respectable, car n’incarnant plus ni sens, ni direction, ni autorité, elle invite alors à la transgression et produit une délinquance d’acquisition en criminalisant les individus transgresseurs. En témoignent les innombrables certificats sanitaires acquis illégalement ainsi que les faux en usage.

On le voit, les lois du régime sanitaire actuel peuvent ne plus être considérées comme légitimes, même si elles demeurent légales et le régime légal peut alors apparaître comme illégitime et contestable pour certaines personnes.

C’est toute la différence de registre qui s’exprime ici entre la légalité et la légitimité, un régime, une loi peut demeurer légal et devenir illégitime et c’est dans cette brèche que peuvent se manifester des actes de violence qualifiés de légitimes par leurs auteurs et réprimés par la violence du pouvoir qui en détient le monopole légal. Il existe une continuité entre la légalité et la légitimité, les deux coexistent harmonieusement jusqu’à ce que la légitimité s’évapore dans les vapeurs du non-sens et des abus. Toute perte de bon sens met en péril ce lien et tout abus engendre tôt ou tard une réaction de rejet.

Si le pouvoir tire forcément sa légitimité à partir de sa légalité obtenue par les urnes, il peut donc aussi la perdre. Car la légitimité d’un régime se rapporte aux lois, mais aussi à la morale à l’éthique et à la raison, ce que le biopouvoir actuel semble oublier voire ignorer.
La Loi est avant tout une institution symbolique comme le langage avant d’être une institution judiciaire. L’oublier revient à négliger l’ordre symbolique qui nous distingue des animaux et qui est à l’origine de ce que l’on appelle la « civilisation ».

Face à cette impuissance à se faire entendre à l’ère de l’individu dépossédé de sa faculté de réagir avec violence au nom du contrat social, les tensions s’accumulent un peu partout en Europe au risque de déclencher des actes de violence légale du biopouvoir (Tirs à balles réelles en Hollande) en réponse à d’autres actes de violence considérés comme légitimes par leurs auteurs, les uns et les autres se répondant en miroir selon la violence mimétique bien décrite par René Girard (la violence et le sacré, le bouc émissaire).

Les lois de la thermodynamique s’appliquent ici avec toute la force de la nature qui les a produites. Rien ne se perd tout se conserve et la tendance naturelle de l’univers à l’entropie peut se vérifier à chaque instant de la vie quotidienne. Ce n’est pas la permanence qui règne, mais bien l’impermanence. De même toute action engendre une réaction.

Néanmoins, le pacifisme, qui est l’expression actuelle de la volonté générale du respect du contrat social qui entend observer la non-violence jadis acquise en renonçant à la violence individuelle et collective au prix d’une limitation de la liberté, accepte majoritairement de laisser au pouvoir son monopole de la violence légale en échange d’une sécurité et du maintien de l’ordre.

Il existe un large consensus dans la population à cet égard. Les manifestations non violentes et les condamnations unanimes de la violence lorsqu’elle se manifeste, sont précisément le reflet de l’attachement profond des populations à la paix civile garantie par le respect du contrat social.

Or depuis que le contrat social a changé de nature et qu’il est à présent conditionné et subordonné à un passe vaccinal ou sanitaire, c’est un sentiment de trahison qui s’est emparé d’une partie de la population.
Ce changement de norme anthroposociale imposé plus par la force que par la concertation du débat démocratique a induit une rupture dans le registre que les juristes appellent l’aspect synallagmatique d’un contrat.
En droit, un contrat synallagmatique (du grec ancien « συνάλλαγμα » c'est-à-dire synallagma ou sunállagma , signifiant « mise en relation » ou « échange mutuel ») est une convention par laquelle les parties s'obligent réciproquement l'une envers l'autre. Cette rupture est de nature à ouvrir la voie de la violence légitime et débridée, surtout lorsque le recours à la justice devient inopérant.

En outre, le dogme de l’interdit qui frappe toute violence non légale (en ce compris la légitime défense lorsqu’elle n’est pas prouvée) incite les forces de l’ordre à organiser elles-mêmes des opérations violentes sous fausse bannière organisée par le biopouvoir afin de discréditer et de disqualifier les mouvements d’opposition et ainsi justifier la répression (comme ce fut le cas lors de la dernière manifestation à Bruxelles avec de nombreuses preuves accablantes, ou encore à Paris pendant la période des gilets jaunes).
L’opération est archi connue et tire son origine au 16e siècle dans le monde naval de la piraterie (false flag operation).
Les opérations sous fausse bannière ou sous faux pavillon (parfois désignées « sous faux drapeau », calque de l'anglais false flag) sont des actions menées avec utilisation des marques de reconnaissance de l'ennemi et sont régulièrement utilisées par les polices de nombreux états qui abusent de leur monopole de la violence légale afin de conforter la légitimité de leurs décisions.

Il devient donc nécessaire d’examiner et d’oser penser l’usage de la violence légitime en convoquant la philosophie politique et la philosophie du droit, mais aussi le droit lui-même, l’anthropologie la sociologie, la psychanalyse, la psychologie des foules et des masses, afin de déterminer des actions pertinentes audibles et acceptables.
Toute la difficulté se trouve à cet endroit, déconstruire le tabou de la violence et construire un narratif de la violence légitime acceptable pour le plus grand nombre.

La violence n’est pas nécessairement synonyme de blessures, de dégâts corporels ou physiques ou de crimes, elle n’est par conséquent pas nécessairement négative.

Il faut revenir aux origines du mot pour rétablir son sens premier et profond, la violence provient du latin violentia « force (du vent), ardeur (du soleil), rigueur (de l’hiver), violence (de caractère), fougue, emportement »), le mot est dérivé de violens (« violent »), lui-même dérivé de vis (« vigueur, force »).

C’est donc la force et la vigueur qu’il faudrait exprimer avec fougue et ardeur dans des actions pertinentes et intelligentes (comme le mouvement des camionneurs au Canada) afin de rétablir le rapport de force entre la population et le pouvoir sensé la représenter et dont la mission est de garantir la sécurité, mais aussi la liberté, la vie, l’égalité et le sens de l’existence.

Et arriver ainsi à se faire entendre et à restaurer les droits et les libertés.

Il y va de notre intégrité et de notre dignité, c’est à la fois une question existentielle, politique, ontologique éthique et même métaphysique et spirituelle par laquelle l’être est convoqué à se positionner en tant que conscience autonome et responsable dans un rapport à autrui (mitsein heideggerien) que lui seul est autorisé à définir et à établir.

Le rôle de l’état n’est pas de définir les modalités de ce rapport à l’autre, aux choses et aux services, par un marquage conditionnel obligatoire indiquant une bonne santé définie par le biopouvoir. « La science ne pense pas », disait le grand philosophe allemand Martin Heidegger, malheureusement adhérent au parti nazi, mais demeurant malgré tout un des plus grands penseurs du 20e siècle.

Nous avons été chosifiés, réifiés, et nous devons restaurer notre être dans sa dignité et son intégrité.

Nous ne sommes définitivement pas des EBTN (entités biologiques terrestres numériques) nous sommes des êtres spirituels faisant une expérience humaine selon la célèbre formule de Pierre Teilhard de Chardin.
Il nous appartient donc de restaurer cette dimension qui nous distingue des machines et des animaux avec lesquels nous entretenons des liens étroits et de retrouver notre autonomie (auto nomos, faculté de se donner ses propres normes, principes, règles et valeurs) afin de reprendre notre destin en main.

Peut-être au prix et au coût de franchir le seuil de la limite qui sépare le logos, fut-il violent, de la praxis d’une violence subtile et intelligente dont la légitimité reste à construire et à définir dans le respect de l’esprit des lois du régime démocratique, le moins mauvais selon l’expression de Sir Winston Churchill.

© Michel Rosenzweig.


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