Le nouveau parlement israélien
Contribution externe reprise strictu sensu de Geoffroy d’Aspremont
Consultant indépendant expérimenté, avec une expérience confirmée dans le secteur associatif et les think tanks. Solides compétences en conseil et en gestion professionnelle auprès d’organisations non gouvernementales (ONG), de la société civile, des relations internationales, de l’éducation et de l’immobilier.
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Élections en Israël : des résultats qui confirment la faillite morale de la société israélienne.
Quelle que soit la coalition qui sera mise en place suite aux élections législatives du 27 octobre 2026, rien ne changera pour les Palestiniens dont les droits, le sort et la vie ne comptent pas pour la toute grande majorité des Juifs israéliens, comme pour la majorité des gouvernements occidentaux.
Lors des élections législatives du 27 octobre, 5.717.397 suffrages exprimés (bulletins blancs et nuls inclus), soit un taux de participation de 77,98 % de l’ensemble des électeurs inscrits[1]. Un record depuis plusieurs décennies. Sur ce nombre de suffrages, Je me suis posé la question de savoir combien de ces votes se sont portés sur des listes qui défendent le respect des droits légitimes des Palestiniens et donc en faveur du respect du droit international, de l’égalité, de la justice ?
Pour rappel, seules 3 listes sur les 14 présentées le défendent : The Joint list (liste arabe de gauche laïque – 500.755 voix, 8,80% et 11 sièges), The Democrats (bloc de gauche – 366.278 voix, 6,44% des voix et 8 sièges) et Ra’am (liste arabe islamiste modérée – 337.720 voix, 5,9.% et 8 sièges), soit 1.204.753 voix (21,16 % des suffrages valides).
L’entièreté des autres votes valides (4.486.673 voix, 78,84%) se sont donc portées sur des listes qui refusent de reconnaître les droits des Palestiniens à un état plein et entier, à l’égalité et qui soutiennent la poursuite de la colonisation et l’oppression ou qui voudraient même expulser, déporter ou continuer à massacrer les Palestiniens.
Il n’est pas possible de savoir exactement, sur les 1.204.753 voix portées sur les partis défendant les droits des Palestiniens, combien proviennent de Juifs, combien proviennent d’Arabes dits « israéliens » ceux qui habitent donc dans les frontières reconnues internationalement d’Israël, dites les « frontières d’avant 1967 », car ne sont pas partis, n’ont pas été expulsés ou massacrés en 1947-1948 . De plus il y avait des Juifs sur les listes dites arabes, dont certains ont été élus, notamment l’ancien vice-ministre Yoav Segalovitz, ainsi que des Arabes sur la liste « The Democrats » et sur la liste Yashar (913.629 voix, 16,05%) menée par Gadi Eisenkot, liste qui quant à elle qui ne reconnaît absolument pas les droits légitimes des Palestiniens.
Cependant, il me semble possible d’en faire des estimations proches de la réalité. En effet, on peut vraisemblablement penser que 85-90% des électeurs de « The Democrats » et 5-10% des électeurs des listes arabes sont Juifs, cela représenterait environ 450.000 Juifs israéliens engagés à défendre l’égalité et le droit des Palestiniens, sur un nombre d’électeurs juifs d’environ 4.900.000, soit moins de 10% des Juifs israéliens. Selon cette estimation, plus de 90% des électeurs juifs à ces élections ne reconnaissent donc pas les droits des Palestiniens et une grande partie d’entre eux se fichent de leur vie ou existence. Rappelons que des sondages ont indiqué qu’une importante partie de la population israélienne pensent « qu’il n’y a pas d’innocents à Gaza »[2],justifiant donc la destruction totale de l’enclave et les crimes commis contre la population gazaouie[3], soutiennent la colonisation voire l’annexion de la Cisjordanie ou ne souhaitent pas la solution à deux états[4].
Ces chiffres confirment malheureusement la dérive morale totale d’une population endoctrinée au racisme, au suprémacisme et à l’acceptation de la violence à laquelle elle participe, puisque chaque israélien doit servir dans l’armée. Cette dérive est le résultat d’une idéologie suprémaciste qui a constitué Israël, le sionisme, ainsi que d’un projet politique clair: l’expansionnisme territorial avec pour seul modus operandi la force et la violence. Netanyahou, Ben Gvir ou Smotrich n’en sont pas les causes de cette dérive, mais le résultat.
Dans ces conditions, comment se fait-il qu’il n’y a aucune remise en question de l’accord d’association de l’UE avec Israël ou de la poursuite du commerce avec cet état (dont la vente d’armes par de nombreux pays européens comme l’Allemagne, le Royaume Uni ou la France), qu’il y a une absence totale de sanctions, et quasi aucune poursuite des criminels de guerre israéliens, alors qu’on assiste à la criminalisation des appels aux boycotts ou de la défense des droits des Palestiniens en Europe ?
Comment cette inversion des valeurs est-elle possible ?
Nos gouvernements et ceux qui restent silencieux face à cette situation ont-ils conscience que la poursuite de l’impunité ou l’éternel deux poids - deux mesures quand il s’agit d’Israël ne font que le jeu des extrémistes : Ceux qui contrôlent Israël et endoctrinent les Israéliens d’abord et font la guerre tout le temps, ceux de l’extrême droite raciste - sioniste ou islamophobe - en Europe qui influencent les opinions publiques et biaisent le débat, et en réaction malheureusement, celles et ceux qui ont des positions antisémites. Et dans ce contexte, qui sont les perdants ? Outre les Palestiniens et les Libanais dont le sort indiffère, les perdants en Occident sont d’abord les minorités religieuses juives et musulmanes, et évidemment la démocratie, piétinée et remise en cause. Est-ce le futur là que nous voulons ?
Geoffroy d’Aspremont