Les milliardaires de la Tech vont vivre dans leurs propres villes...
Les nouveaux maitres du monde sont les miliiardaires de la Tech, les Zuckerberg, Bezos & Co, les patrons de GAFAM, qui nous contrôlent par leurs technologies et qui veulent toujours plus se protéger de nous, en cas de rébellion.
Avant, on parlait de panic room. Maintenant, on parle de pays, de régions et d’îles. Ils se préparent à vivre 150 ans hors sol. Loin des pauvres que nous sommes en train de devenir. Que faire ? Où vivre ? Comment vivre ?
Tant de questions qui interpellent. Cette tribune ne vise pas à trouver les solutions mais bien d’alerter sur un fait de société majeur qui concerne les 2% de la population qui dirigent les autres 98%. Une machine infernale.
Quand l’apocalypse devient un placement immobilier
Il y a ceux qui rêvent d’une petite maison à la campagne, avec un potager, quelques poules et une vue dégagée sur les collines. De vivre comme les hippies. D’amour, d’humour, d’utopisme, de poésie, d’humanisme et d’eau fraîche.
Et puis il y a les milliardaires. Eux, quand ils parlent de prendre un peu de recul, ils ne cherchent pas un gîte dans le Périgord. Ils achètent une île, une forêt de plusieurs milliers d’hectares ou un domaine suffisamment vaste pour que même le facteur ait besoin d’un GPS et d’un héliport.
Chez les grandes fortunes de ce monde, l’immobilier a pris une tournure nouvelle. Il ne s’agit plus seulement de posséder une belle résidence mais de prévoir l’endroit où l’on pourra survivre lorsque le reste de l’humanité aura décidé de transformer la planète en gigantesque salle d’attente des urgences. Comme ils sont convaincus qu’ils pourront vivre 150 ans. On parle d’un investissement à long terme.
Et à Monaco, Marbella, Miami, Hawaï, Dubaï, … Ils doivent partager les lieux avec les gueux. Ça, les riches geeks fortunés. Ils n’aiment pas.
Quand les milliardaires achètent des continents
Le survivalisme est devenu le nouveau loisir chic des très riches. Là où le citoyen moyen stocke quelques boîtes de conserve, une lampe de poche et trois bouteilles d’eau dans la cave, le milliardaire prévoyant acquiert un domaine autonome, des installations agricoles, des réserves d’énergie et un bunker souterrain.
Si la civilisation s’effondre, autant que cela se passe dans un endroit agréable, avec une bonne connexion interne, un système de filtration d’eau performant et, si possible, une cave à vin qui résiste aux explosions. Pour vivre 150 ans.
La Nouvelle-Zélande est ainsi devenue une destination de choix pour certains magnats de la Silicon Valley. Ses paysages somptueux, son isolement géographique et son image de refuge en cas de catastrophe mondiale en font une sorte de bouée de sauvetage pour milliardaires.
Il reste néanmoins un détail. En cas d’effondrement mondial, il faudra toujours quelqu’un pour traire les moutons, réparer le générateur et faire pousser les pommes de terre. Le milliardaire aura peut-être acheté la ferme mais il n’a pas nécessairement acheté le savoir-faire du fermier. Il l’intègrera, dés lors, un farmer dans le petit personnel domestique.
À Hawaï, Mark Zuckerberg développe son domaine de Koolau Ranch, présenté comme un ensemble immobilier particulièrement sécurisé et doté d’infrastructures autonomes. De quoi envisager l’avenir avec sérénité, du moins jusqu’au jour où le bunker aura besoin d’un plombier.
Car c’est là toute la beauté du survivalisme de luxe. On se prépare à la fin du monde avec des équipements si sophistiqués qu’il faudra probablement une équipe d’ingénieurs pour redémarrer la machine à café.
Le Landmaxxing. Acheter ses voisins pour avoir enfin la paix
Mais il n’est pas nécessaire de croire à l’apocalypse pour vouloir posséder toujours plus de terrain. Il suffit parfois d’avoir beaucoup d’argent et un voisin qui tond sa pelouse le dimanche matin.
C’est ici qu’intervient le Landmaxxing, cette pratique qui consiste, en substance, à étendre son territoire en rachetant les propriétés aux alentours. Le rêve ultime de celui qui possède déjà une maison de dix chambres. Acquérir les maisons voisines pour ne plus jamais entendre la tondeuse du voisin, son chien, ses enfants ou son opinion sur les élections.
Le commun des mortels déménage lorsqu’il ne supporte plus son voisin. Le milliardaire, lui, lui fait une offre. Et si le voisin refuse ? Il attend. Il négocie. Il revient avec un prix plus convaincant. Après tout, chacun a son prix, surtout lorsque la personne en face possède davantage de zéros sur son compte bancaire que vous n’avez de centimètres dans votre jardin.
À ce stade, l’intimité ne consiste plus à tirer les rideaux mais à supprimer progressivement toute présence humaine dans un rayon de plusieurs kilomètres. On ne possède plus une maison. On possède son horizon.
Il faut reconnaître que le concept présente certains avantages. Plus de vis-à-vis, plus de barbecue du voisin qui enfume la terrasse, plus de travaux à six heures du matin et plus de chiens qui aboient. En revanche, pour trouver quelqu’un à qui emprunter un œuf ou du sel, il faudra organiser une expédition ou une livraison par drone.
La terre est un investissement qui ne se fabrique pas en laboratoire
Derrière ces acquisitions parfois extravagantes se cache également une logique économique. La terre est une ressource limitée. Contrairement aux actions d’une entreprise technologique, aux monnaies virtuelles ou aux promesses d’un jeune entrepreneur en sweat à capuche, elle ne peut pas être créée à volonté.
On comprend donc pourquoi certains milliardaires investissent dans les terres agricoles et dans les serres intelligentes. Elles peuvent représenter une réserve de valeur, une source de revenus et une manière de diversifier un patrimoine colossal.
Le raisonnement est assez imparable. Lorsque les marchés s’agitent, les monnaies vacillent et les entreprises licencient, un champ reste généralement un champ.
Certes, il faut parfois composer avec la météo, les récoltes, les réglementations et les caprices de la nature. Mais comparé à une start-up dont le modèle économique consiste à vendre des abonnements pour une application que personne ne comprend, le champ de blé possède un avantage appréciable. Il produit quelque chose que l’on peut manger.
C’est ainsi que l’on en arrive à une situation délicieusement paradoxale. Des fortunes bâties sur les technologies les plus avancées cherchent refuge dans l’une des plus anciennes activités humaines : l’agriculture. Alors qu’on les étrangle économiquement pour l’instant pour faire table rase pour les agro-alimentaires Montreux.
Après avoir révolutionné le monde numérique, les voilà qui misent sur la terre, l’eau et les arbres. La Silicon Valley découvre finalement que, pour survivre, il vaut mieux parfois avoir un champ de pommes de terre qu’un compte premium. D’ici peu, ils pourront imprimer un steak ou une pizza avec la 3D.
Les milliardaires achètent des forêts pour ne rien y construire
Heureusement, tous les grands propriétaires ne rêvent pas de bunkers, de clôtures électrifiées ou de citadelles privées. Certains achètent des territoires immenses pour empêcher précisément qu’on y construise quoi que ce soit.
C’est le cas de Tim Sweeney, le patron d’Epic Games, qui a acquis de vastes surfaces forestières en Caroline du Nord afin de les préserver de l’urbanisation. Avant lui, Douglas Tompkins, cofondateur de The North Face, et son épouse Kristine McDivitt Tompkins ont consacré une part importante de leur fortune à la protection de territoires en Patagonie.
Ici, le milliardaire ne cherche pas à se protéger du monde, mais à protéger un morceau du monde contre les appétits immobiliers. Il achète des milliers d’hectares pour que personne n’y installe un lotissement, un centre commercial ou une résidence avec vue imprenable sur un parking.
C’est probablement l’un des rares cas où l’expression « acheter pour ne rien faire » mérite des applaudissements. Dans une économie où chaque mètre carré semble devoir rapporter quelque chose, laisser une forêt tranquille relève presque de la provocation.
Bien sûr, cela soulève une question. Faut-il vraiment être milliardaire pour empêcher une forêt de devenir un complexe immobilier ? Idéalement, non.
Mais dans un monde où la protection de la nature dépend parfois de la capacité d’un individu à signer un chèque astronomique, l’écologie ressemble de plus en plus à un jeu dont les règles auraient été écrites par un notaire un peu véreux.
L’apocalypse pour tous. Le bunker pour quelques-uns
Au fond, ces achats racontent une histoire assez révélatrice de notre époque.
Les milliardaires investissent dans l’intelligence artificielle, les fusées, les réseaux numériques et les technologies censées transformer l’avenir. Mais certains consacrent également des fortunes à trouver un endroit où se mettre à l’abri si cet avenir tourne mal.
C’est tout de même un peu ironique. On finance des technologies capables de connecter la planète entière. Puis on achète une île pour ne plus voir personne.
On rêve de coloniser Mars mais on commence par clôturer un domaine en Nouvelle-Zélande. On promet un monde plus intelligent, plus efficace, plus connecté, tout en préparant une retraite où la meilleure technologie sera peut-être une porte blindée et une pompe à eau fonctionnelle.
Quant à la justice sociale, elle risque de connaître quelques difficultés logistiques le jour où les survivants découvriront que certains ont prévu des réserves pour vingt ans tandis que d’autres ont tout juste de quoi tenir jusqu’à vendredi.
Il faut dire que l’argent permet une forme de prévoyance inaccessible au commun des mortels. Quand vous craignez une crise, vous cherchez à réduire vos dépenses. Quand vous êtes milliardaire, vous achetez un territoire où la crise aura moins de chances de vous trouver.
Et si l’apocalypse ne vient jamais ? Aucun problème. Vous aurez toujours une île privée, une forêt magnifique, un domaine gigantesque et des centaines d’hectares pour méditer sur la fragilité de la civilisation.
C’est ce qu’on appelle avoir le sens des priorités. Finalement, le luxe suprême n’est peut-être pas de posséder le monde mais de pouvoir s’en retirer quand il commence à vous déplaire.
À condition, bien sûr, que quelqu’un ait pensé à installer le Wi-Fi dans le bunker. Parce qu’on peut survivre à l’effondrement de la civilisation, mais pas forcément à une panne d’Internet
Le monde va mal, construisons-en un autre
Et puis, il y a ceux qui ne veulent ni se cacher dans un bunker ni simplement racheter la maison du voisin. Eux ont une ambition autrement plus grandiose. Construire leur propre société, avec leurs propres règles, leurs propres infrastructures et, si possible, une intelligence artificielle pour organiser tout ça.
C’est le projet Praxis, qui a choisi l’Uruguay pour développer une première communauté urbaine au sein de Colonia. L’ambition annoncée est de mobiliser un milliard de dollars sur trois ans, avec l’arrivée des premiers résidents prévue à partir de la mi-2027. Ils auraient déjà recruté à vil prix près de 150.000 coopérateurs. Le projet s’appelle Praxis Nation. Tout est dit.
Le projet entend réunir entrepreneurs, investisseurs, artistes et figures de la technologie autour d’un mode de vie adapté à l’ère de l’intelligence artificielle. Tout cela reste, pour une bonne part, un chantier en devenir. Mais les ambitions, elles, ont déjà quitté le stade du plan de financement pour atteindre celui de la civilisation nouvelle.
Car Praxis ne vend pas simplement des mètres carrés avec vue sur le Río de la Plata. L’idée est de bâtir une communauté partageant une culture, des projets et une certaine vision de l’avenir, avec l’ambition de développer des formes de gouvernance et de coordination assistées par l’intelligence artificielle.
En somme, après avoir voulu changer le monde avec des applications, des cryptomonnaies et des algorithmes, certains entrepreneurs de la tech souhaitent désormais changer le monde en déménageant dans le leur.
Le concept est séduisant. Si la société actuelle fonctionne mal, pourquoi ne pas en concevoir une nouvelle ? Après tout, lorsqu’un logiciel présente trop de bugs, on le remplace. Pourquoi ne pas appliquer la même méthode à la civilisation ?
Il y a tout de même une petite différence. Lorsqu’un logiciel plante, on redémarre le serveur. Lorsqu’une société dysfonctionne, il faut aussi convaincre les habitants, financer les services publics, construire des infrastructures et régler les inévitables querelles de voisinage. Même avec la meilleure intelligence artificielle du monde, quelqu’un finira probablement par se plaindre du bruit après 22 heures.
Et c’est là que l’expérience devient intéressante. Praxis ne se présente pas officiellement comme un bunker destiné à survivre à l’effondrement. Le projet mise plutôt sur une communauté tournée vers l’avenir, la technologie, la culture et l’autonomie collective. Mais il rejoint une tendance plus large. Celle des grandes fortunes qui ne veulent plus seulement acheter une place privilégiée dans le monde existant mais aussi participer à la conception d’un monde à leur mesure.
C’est bien parti pour Praxis car ils auraient déjà convaincu 150.000 coopérateurs qui ont acheté leur ticket d’entrée.
Le rêve ultime du milliardaire n’est donc peut-être plus de posséder une île déserte. C’est de posséder une ville peuplée de gens qui partagent sa vision du futur.
Reste à savoir ce qui se passera lorsque cette cité idéale rencontrera la réalité comme les impôts, les désaccords politiques, les embouteillages et les habitants qui ne seront pas toujours d’accord avec l’algorithme chargé de leur expliquer comment vivre.
En attendant, le projet a un mérite incontestable. il permet de pousser la logique jusqu’à son terme. Le citoyen ordinaire cherche à améliorer son quartier. Le milliardaire veut améliorer la civilisation. Et si cela ne fonctionne pas, il lui restera toujours la possibilité de financer une nouvelle version.
Après la maison intelligente, voici donc la ville intelligente, puis peut-être la civilisation intelligente. À ce rythme, le dernier luxe ne sera plus d’avoir une piscine privée mais de vivre dans une société où personne n’a encore trouvé le moyen de vous contredire.
Les condominiums californiens vont devenir des "Parc Center" pour la classe moyenne. Il n’est pas impossible qu’il rebâtisse la bande de Gaza dans cet esprit. Cela a déjà été évoqué.
Pour terminer sur une blague rude, dure et noire, il faut se rappeler que les pauvres avaient déjà créé le même concept, cela s’appelle des… bidonvilles.
Liens :
Ranch de Mark Zuckenberg : https://www.lesechos.fr/tech-medias/medias/bunker-reserves-gardes-letrange-projet-immobilier-de-mark-zuckerberg-a-hawai-2042228
Praxis : https://www.praxisnation.com/uruguay