Revue de presse

Vacciné(e)s ou non :  et si on écoutait l'autre ? (carte blanche)

Vacciné(e)s ou non :  et si on écoutait l'autre ? (carte blanche)

"Nous sommes 760 citoyen·ne·s, vacciné.e.s ou non, et nous avons voulu comprendre nos multiples points de vue sur la vaccination, sans préjugés. Voici ce que nous avons appris et qui pourrait décrisper les conversations en famille, entre amis ou collègues."


"Nous sommes 760 citoyen·ne·s, actif·ve·s dans de nombreux domaines : psychologues, infirmier·ère·s, sage-femmes, enseigant·e·s, médecins, pharmacien·ne·s, artistes, animateur·trice·s socio-culturels, assistant·e·s sociales, chercheur·euse·s, ouvriers, indépendant·e·s, entrepreneur·euse·s, employé·e·s, cadres, universitaires, ingénieur·e·s, agriculteur·trice·s, journalistes, économistes, juristes, logopèdes, architectes, philosophes, sociologues, prêtres..."

"Nous avons voulu dépasser les préjugés qui polarisent actuellement la société. Certain·e·s d'entre nous sont vacciné·e·s, d'autres pas, d'autres encore hésitent. Nous ne sommes ni des héros ni des complotistes."

"Comme tout le monde, nous avons connu les confinements, les tests et quarantaines à répétition, les bulles de vie sociale atrophiée, parfois avec un jeune à la maison en décrochage scolaire [1] virtuel ou un.e conjoint.e en dépression. Nous avons subi l'arrêt brutal de nos activités sociales et professionnelles. Nous avons dû r?-inventer nos relations humaines et nos projets, sans certitudes."

"Nous aspirons toutes et tous à retrouver une vie sociale épanouissante."

"Nous avons suivi jusqu'à présent les consignes sanitaires. Mais peu à peu nous nous interrogeons sur leur bon ajustement sur le long terme. Et nous sommes interpellés par les discours politiques fondés sur la peur voire la haine."

""Il est temps de convaincre les non-vaccinés d'une façon moins amicale", lançait récemment le virologue Marc Van Ranst. D'où vient cette radicalisation ? Pourquoi un scientifique en vient-il à tenir des propos aussi stigmatisants, voire agressifs ?"

"Comme l'explique le politologue Vincent Laborderie [2], "Le non-vacciné devient le bouc émissaire de notre société"."

"Ce phénomène inquiétant devient mondial. Si bien que la prestigieuse revue scientifique The Lancet rappelle que cette stigmatisation est injustifiée, car les vaccin?.e.s continuent également à jouer un rôle important dans les contaminations. "Il est donc faux et dangereux de parler de pandémie de non vaccinés [3] (...). J'appelle les hauts responsables et les scientifiques à mettre un terme à la stigmatisation inappropriée des personnes non vaccinées, parmi lesquelles nos patients, collègues et autres concitoyens, et à déployer des efforts supplémentaires pour rapprocher la société", précise l'éditorialiste [4] de la revue."

"Nous sommes avant tout êtres humains et citoyen·ne·s et nous ne voulons pas être divisé·e·s sur base d'un statut vaccinal."

"Le pass sanitaire divise la société"

"Comme l'ensemble du secteur culturel [5], nous refusons l'instauration du Covid Safe Ticket (CST) car cette mesure, déconseillée par l'Organisation mondiale de la santé, est vecteur d'exclusion sociale alors que nous avons toutes et tous besoin de retrouver une vie sociale, sportive et culturelle."

"Comme l'alertent de nombreux juristes et associations, les pass sanitaires sont une atteinte aux droits fondamentaux des citoyens en démocratie [6]. Pourquoi certain·e·s d'entre nous devraient-ils·elles être exclu·e·s d'une citoyenneté et d'une vie sociale épanouissante sur base d'une décision politique contestable ?"

"Le CST est présenté officiellement comme la condition de la tenue d'une série d'activités en lieu et place d'une nouvelle fermeture. Officieusement, son propos est de "convaincre les récalcitrants" qu'ils n'ont pas d'autre choix que se faire vacciner. Mais son application, au détriment des uns, ne conduit-elle pas, en fin de compte, à donner l'illusion aux autres de pouvoir continuer à vivre "comme si de rien n'était" ?"

"Comme le note un collectif multidisciplinaire Covidrationnel, "les articles et rapports scientifiques se sont multipliés ces dernières semaines pour montrer que la vaccination n'empêche pas l'infection des voies respiratoires et la transmission du virus. Comment le CST et les vaccins pourraient-ils alors enrayer les contaminations ?"."

"Avec ce CST, n'est-on pas en train de transformer des "droits" en "privilèges" ?"

"L'hésitation ou le choix vaccinal est légitime"

"Il est important de rappeler que la médecine moderne suppose le consentement libre et éclairé du·de la patient·e à un traitement, quel qu'il soit."

"Et les questions sur les vaccins - toujours en phase de pharmacovigilance renforcée - sont légitimes, même si ceux-ci ont montré jusqu'ici leur efficacité pour se protéger des formes graves du Covid-19."

""À travers le refus ou la temporisation à propos de tel ou tel vaccin, les citoyens manifestent leur besoin irrépressible d'explications. Prendre l'hésitation vaccinale comme la simple résultante d'un illettrisme médical et de l'empire des réseaux sociaux sur des populations passives pose problème. Car cette hésitation vaccinale peut être, dans beaucoup de cas, la preuve d'une attitude critique vis-à-vis des pouvoirs publics, et correspond à une attente, une demande légitime, à laquelle il faut effectivement prêter une attention respectueuse", peut-on lire dans la revue scientifique La vie des idées [7]."

"Nous nous orientons probablement vers des campagnes de vaccination à échéances régulières, au fil des variants, avec l'objectif espéré, mais incertain, d'atteindre une immunité collective."

"Dans ce contexte, il n'est pas sûr que les citoyen·ne·s soient prêt·e·s à se faire vacciner si régulièrement. Beaucoup vont se lasser et finir par hésiter ou refuser ces injections supplémentaires."

"En outre, les autorités élargissent la vaccination aux catégories d'âge les moins concernées, qui n'arrivent pas à l'hôpital : les adolescent·e·s et bientôt les enfants de 5 à 11 ans [8]. Nul doute que beaucoup de parents y seront réticents ou opposés."

"Enfin, le projet de loi sur la vaccination obligatoire pour les soignant.e.s [9] a renforcé la défiance vis-à-vis du politique, y compris chez les citoyen·ne·s vaccin?·e·s."

"A quand un débat parlementaire et démocratique digne de ce nom, avec une pluralité de scientifiques et dans une vision systémique ?"

"Et le dialogue avec les médecins ?"

"En première ligne, proches de leurs patients, les médecins généralistes ne sont-ils pas les mieux placés pour assurer le suivi clinique initial des patients, dans leur cadre de vie propre, pour détecter rapidement des complications éventuelles, surtout chez les plus à risque, mais aussi pour rassurer et apaiser ? Ainsi, comme l'explique cette médecin généraliste sur la RTBF, "(...) Nous, les médecins de terrain, nous pouvons faire plein de choses, nous ne devons pas nécessairement envoyer nos patients aux urgences, nous pouvons les suivre, les maintenir à domicile, avec oxygène s'il le faut... (...)" ."

"Pour obtenir un consentement, un dialogue de confiance doit être établi entre un·e médecin et un·e patient·e. Les médecins généralistes ayant été tenus à l'écart du processus de vaccination, le dialogue en question est devenu totalement facultatif, d'où la méfiance d'une partie des citoyen·ne·s."

"Or ce dialogue constitue une opportunité et un enjeu démocratique, comme le soulignent les chercheuses Hélène Lambert et S?golène Malengreaux (UCLouvain/IRSS-RESO), autrices d'une étude de référence ("L'hésitation vaccinale: menace ou opportunité ?"). Selon celles-ci, la vaccination contre le Covid-19 "constitue une occasion pour les professionnel·les de la santé de dialoguer à ce sujet et d'accompagner les individus à faire des choix éclairés de manière à promouvoir, à maintenir et à améliorer leur santé et celle de leur entourage.""

"Améliorer le bien-être physique, mental et social"

"Nous appelons dès lors les autorités à collaborer avec tous les acteurs et actrices de la santé, y compris les médecins généralistes, afin d'ouvrir un dialogue avec les patient·e·s. Pour être mieux compris, il est nécessaire d'abandonner les politiques stigmatisantes et de développer, au contraire, une information transparente sur les risques et bénéfices des vaccins, en respectant le libre choix."

"Il est également nécessaire d'augmenter les moyens en 1ère ligne et de décharger les médecins de charges administratives, notamment en matière de testing."

"Il s'agit aussi d'encourager le renforcement de l'immunité naturelle et la prévention, en particulier chez les personnes les plus à risque."

"À court ou moyen termes, des traitements crédibles et efficaces contre les symptômes du Covid-19 seront également disponibles et la vaccination ne sera sans doute plus la seule voie à suivre."

"Abandonnons également les discours anxiogènes et parlons plutôt de solidarité, de soutien psychologique et de bien-être. Les mesures de répression à l'égard de certaines personnes et de certains secteurs provoquent des dégâts humains, sociaux et économiques."

"Concernant les hospitalisations et les admissions en unités de soins intensifs, au-delà du "combien", ne serait-il pas également important d'identifier avec précision "qui" y arrive (âge / comorbidités / profil socio-économique) ? Afin de mieux cibler tant les campagnes de vaccination que les mesures tout aussi fondamentales de prévention, et ce dans une perspective de santé publique."

"N'y aurait-il pas lieu, en outre, d'agir sur les conditions de vie dégradées d'une part grandissante de la population - environnement pollué, faible accès aux services de santé, obésité, stress, sédentarité, isolement social, ... -, à l'origine de nombreux cas de Covid grave ?"

"Et de tenter, ainsi, de mettre en oeuvre la définition de la santé donnée par l'OMS, pour qui "la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.""

"Refinancer les soins de santé"

"Car en fin de compte, la polarisation sociale nourrie entre vacciné·e·s et non-vacciné·e·s ne détourne-t-elle pas l'attention de l'opinion publique de l'essentiel ?"

"On constate aujourd'hui une importante démotivation parmi le personnel soignant, appelant déjà au secours avant la crise sanitaire, et aujourd'hui plus qu'épuisé (démissions, burn-out, ...). Des lits pourtant bien présents ne peuvent accueillir de patient·e·s, car il manque de personnel pour assurer l'encadrement médical."

"Or, ce qui pose problème, c'est l'encadrement infirmier par lit d'hôpital : le nombre moyen de patients dont un·e infirmier·ère doit s'occuper est plus élevé que dans bien d'autres pays européens. Les sous-effectifs actuels parmi les soignants obligent certains d'entre eux à travailler en étant positifs et même symptomatiques."

"Et le projet de loi sur l'obligation vaccinale des soignant.e.s poussera à de nouvelles démissions, aggravant la situation dans les hôpitaux."

"Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?"

"Depuis plusieurs décennies, les politiques menées au nom de la rentabilité se sont traduites par un manque de lits et de moyens humains dans les hôpitaux. Si nous souhaitons une meilleure gestion de cette crise sanitaire et une réelle solidarité avec les soignant·e·s, il est grand temps de revaloriser et refinancer les soins de santé et la sécurité sociale, comme le demande en Belgique la Coalition Corona, large plateforme qui réunit les syndicats, les mutualités et différents acteurs et actrices de la société civile. Or cela est possible grâce à la justice fiscale."

"Ouvrir le débat"

"Nous appelons dès lors tou·te·s les citoyen·ne·s à ouvrir le débat et à écouter l'autre, en famille, entre amis et collègues, mais aussi au sein de leurs associations, fédérations et réseaux professionnels."

"Nous pourrons alors relever le véritable défi qui nous attend : construire ensemble une société soutenable, juste et résiliente."


 

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité de l’auteur et ne représentent pas nécessairement celle de BAM!

Lien vers le site original: (Pour voir les signataires, suivre le lien)

https://www.levif.be/actualite/belgique/vaccine-e-s-ou-non-et-si-on-ecoutait-l-autre-carte-blanche/article-opinion-1506471.html 

  

 

 

Sources:

[1] https://www.levif.be/actualite/belgique/des-jeunes-ko-debout-eviter-le-decrochage-d-une-generation/article-normal-1393889.html

[2] https://www.lalibre.be/debats/opinions/2021/09/26/le-non-vaccine-devient-le-nouveau-bouc-emissaire-de-notre-societe-DNFCKK253BCWTOMOP277CKCPJA/

[3] https://www.levif.be/actualite/belgique/une-epidemie-de-non-vaccines-la-phrase-de-l-annee-votez/article-normal-1501321.html

[4] https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(21)02243-1/fulltext

[5] https://www.stillstandingforculture.be/

[6] https://www.unia.be/fr/articles/le-pass-sanitaire-banalisation-de-lexception-aux-droits-fondamentaux

[7] https://laviedesidees.fr/L-hesitation-vaccinale-ou-les-impatiences-de-la-sante-mondiale.html

[8] https://www.levif.be/actualite/belgique/la-vaccination-des-5-11-ans-est-lancee-les-enfants-ont-l-occasion-de-jouer-leur-role/article-news-1506417.html

[9] https://www.levif.be/actualite/belgique/vaccination-obligatoire-des-soignants-syndicats-et-employeurs-soulevent-des-objections/article-normal-1506435.html

Source photo:
https://www.flickr.com/photos/30478819@N08/51318483903