Tribune

Nounours attend son fidèle ami rue Neuve à Pepinster

Nounours attend son fidèle ami rue Neuve à Pepinster

Notre chroniqueur Pierre Chaudoir a été très marqué par les inondations dans le sud du pays ce jeudi 15 juillet. Revenu de l’enfer, il nous livre ici ses sentiments, à chaud. Sa “Belgitude” a durement été éprouvée par ce drame, d’autant que le Parlement fédéral adoptait ce jour-là sans sourciller sa “loi Pandémie” qui fait reculer le pays en matière de démocratie


Dimanche 18 juillet, 8h du matin. Un charroi composé d’une vingtaine de personnes s’ébroue sur la piste de la station à Bierges. Une remorque avec une pelleteuse, un camion et des voitures pleines de victuailles et de vêtements. Dans le groupe, je ne connais que le très controversé Panpan et aussi Dave, l’organisateur de la Boum. Les deux Jokers de Bruxelles vont vers le Gotham City de la Wallonie blessée. Nous avons un restaurateur à aider.

Rester sans rien faire était impossible pour moi. Ma grand-mère et ma maman étaient d’origine verviétoise. Ceux que j’ai contactés à Verviers m’ont envoyé à Trooz ou à Pepinster, clairement plus affectés. Le bourgmestre de Trooz et son collaborateur ne m’ont jamais rappelé, malgré nos discussions.

L’apocalypse, c’est now…

À l’arrivée à Pepinster, un policier bruxellois, en place depuis 2 h du matin, effectue un filtrage. Le type est à bout de nerfs. Nos négociations s’accélèrent, pressées par l’atterrissage d’un hélicoptère venu évacuer un vieux monsieur qui devait être désincarcéré de sa voiture. La vision de la ville est terrifiante. Des centaines de voitures pulvérisées. Des maisons devant lesquelles sont jonchées des tonnes d’objets : des photos, des meubles, des vêtements, des ordinateurs, … Tous des pans de vie.

Sur le rebord de la fenêtre d’une maison. Un ours en peluche est gentiment posé. Je pense que tout le monde l’a vu sans rien dire. Et tous, nous avons pris une photo sans rien nous dire. Juste de l’autre côté de la rue, nous rencontrons Hervé, le propriétaire du Petit Pot de Beurre, un restaurant familial ouvert par son papa. Toute son équipe s’est déjà mise au travail.

Nous croisons beaucoup de locaux qui nous sourient mais dont les yeux sont creux, fatigués, vides et terrifiés. Certains se sont vus mourir. Nous distribuons l’eau et les vêtements que nous avons emportés. Une partie de l’équipe est partie aider des gens, un peu au hasard. On les retrouvera plus tard, noirs comme des mineurs. Epuisés mais heureux d’avoir pu être utiles. Régulièrement, notre travail est interrompu par des alertes d’odeur de gaz ou de produits chimiques venant d’une pharmacie proche.

On vide le restaurant. Le moment où les pinces d’une grue se saisissent de dizaines d’années de vie, nous n’osons pas nous regarder, face à une famille entière en larmes. Aucun membre de l’équipe ne prendra une photo d’eux. Quand on les quitte, on sait que le pire reste à venir : le pillage.

Un doute m’habite

Comment une pluie excessive parvient-elle à se transformer en une rage torrentielle aussi forte ? Même des décrues de neige n’arrivent pas à une telle force en montagne. Un des gars de l’équipe me montre des images de mercredi en fin de soirée : 50 cm d’eau. Une inondation « normale ». Quelques heures plus tard, c’est l’horreur. Une déferlante meurtrière.

Damien Ernst, professeur d’université à Liège, s’exprime rapidement sur le sujet sur Twitter et Linkedin : « Une erreur COLOSSALE a été faite dans la gestion du barrage d’Eupen. Il aurait fallu lâcher de l’eau de ce barrage dès lundi pour diminuer le pic de la crise dans la vallée de la Vesdre. Et non un lâcher l’eau en plein pic ! ».

Comme à Pepinster, tout le monde a un beau-frère à la police, chez les Pompiers ou dans une administration. Il se raconte que le préposé au barrage d’Eupen se serait endormi durant la manoeuvre. Il aurait été réveillé par la police pour cesser le flot. À prendre avec le conditionnel nécessaire. Mais comme il n’y a pas de fumée sans feu…

L’erreur COLOSSALE a coûté des vies, plongé des dizaines de milliers de familles dans l’effroi. Tout cela prendra des années à reconstruire. Cela coûtera des milliards.

Où étaient-ils ?

Après la catastrophe, mes amis pepins n’avaient que leurs yeux pour pleurer et leurs amis pour les aider. Une solidarité incroyable s’est instaurée. J’ai vu des équipes entières de sociétés dans le bâtiment ou le jardinage venir tous ensemble pour donner de l’aide. Un ballet incessant de tracteurs s’activer pour ramasser les vestiges de vies entières.

Les Pepins n’ont vu leur bourgmestre qu’une fois. Pour accompagner le roi Philippe et Mathilde. Les pompiers belges, français et autrichiens se donnaient sans compter ainsi que ce qui reste de la Protection Civile. Plein de militaires mais je n’en ai pas vu un seul actif. Constat flagrant, une très faible minorité de pompiers, policiers et militaires (5 %) portaient un masque.

Ils nous serinent depuis des mois que nous devons être solidaires. La population l’est, malgré les nombreux appels à ne pas venir aider. Maintenant, amis politiciens, il est temps d’être solidaires. De constater que notre Belgique, par son côté ingérable, ne fonctionne plus. Qu’il est temps que vous fassiez un pas de côté. Laissez tomber les masques que vous êtes encore les seuls, par hypocrisie, à porter.

Imaginons ensemble une nouvelle Belgique. On sait que c'est la solution. Le plus difficile étant que ceux qui dirigent acceptent de scier la branche sur laquelle ils sont trop confortablement assis.

Une défaite nationale

Comment une nation peut-elle fêter son pays alors que des dizaines de personnes sont dans l’angoisse de retrouver un proche, d’imaginer comment ils pourront s’en sortir sans l’aide de leurs amis et avoir une once de respect pour ceux qui imposent le respect ?

Une fois de plus, nos dirigeants ont fait preuve d’un manque de vigilance ou d’incompétence gigantesque. En quatre jours, ils ont fait très fort. En pleine catastrophe probablement due à une erreur humaine, ils imposent au forceps la loi pandémie, ils rapatrient des femmes et leurs enfants appartenant à Daech pour directement mettre les mamans au trou, ils laissent crever des gens vivant en Belgique qui réclament un modus operandi pour la régularisation. Cerise sur le gâteau : on organise une journée de deuil national la veille de notre fête nationale alors que cette festivité est clairement indécente et on va encore dérouler un Codeco pour que nos « politichiants » puissent partir tranquillement en vacances.


Définitivement, si nous n’assistons pas à une démission ou à l’annulation de cette fête nationale, le dernier lien qui me permet de rester fier de mon pays sera définitivement rompu. Moi, le fils d’officier para-commando parti comme volontaire en Corée et à Stanleyville. Par respect pour sa mémoire et pour le dévouement dont il a fait preuve sans compter à son pays. J’ai honte de mon pays et de ceux qui le gouvernent.

Et pendant ce temps, un nounours attend tristement rue Neuve à Pepinster de retrouver son ami de toujours…

Chauchau, chroniqueur chez BAM!


Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que la responsabilité de l’auteur et ne représentent pas nécessairement celle de BAM!