Tribune

Le gouvernement respecte-t-il notre droit à la santé ?

Le gouvernement respecte-t-il notre droit à la santé ?
Quel est le but poursuivi par les mesures gouvernementales anti-covid ? S’agit-il de protéger la santé des citoyens ? Ou d’éviter l’engorgement des hôpitaux ? Ou d’aplatir la courbe des contaminations ? Dans ce contexte d’incertitude, notre droit fondamental à la santé est-il encore respecté ?

La politique de santé publique de notre gouvernement est, depuis un an, quasi entièrement focalisée sur la lutte contre le coronavirus. Le compte-rendu de cette lutte au jour le jour occupe tout l’espace médiatique. Cette situation va manifestement perdurer, puisque le processus de vaccination de la population seulement de démarrer et que sont apparus plusieurs variants du virus (britannique, sud-africain, brésilien…) dont on découvre à peine la virulence ou la contagiosité.

                       Déclarations contradictoires.

En ce début de janvier 2021, on assiste à des déclarations contradictoires. D’une part, en Belgique, le Ministre Frank Vandenbroucke évoque dans les médias la « libération » promise par la nouvelle stratégie vaccinale. (1) « C’est, dit-il, le début de la liberté que l’on va retrouver. » De quelle liberté parle-t-il ? De l’abrogation du port du masque obligatoire ? De la fin de la distanciation sociale ? De la réouverture des restaurants ? Des lieux de culture ? Du retour de la poignée de main ? Bien sûr que non. Dans le même temps (2), l’OMS indique que le vaccin pourrait ne pas empêcher la propagation du coronavirus. Qu’aucune immunité collective ne sera certainement atteinte avant « au moins la fin de l’année 2021 », que l’obligation du port du masque sera maintenue, de même que toutes les règles de distanciation sociale, au moins jusqu’à cette date également. Alors, « libération » de quoi ?

Ne serait-on pas en droit de s’interroger sur la façon dont toutes les mesures – masque obligatoire, interdiction de s’approcher des personnes, interdiction de réunion, couvre-feu, confinement, etc.-, mesures mises en place pour une aussi longue durée, impactent notre santé ?

Autre question : la décision de placer la focale de façon hyper-concentrée sur le virus et l’épidémie s’articule sur le présupposé qu’un état de santé satisfaisant est conditionné au fait de « vaincre le virus ». Cette vision de la santé, qui est celle du gouvernement et de l’équipe scientifique qui le conseille, est-elle partagée par l’ensemble de la population ? Est-elle la seule vision possible ? Est-elle en adéquation avec la définition de la santé donnée par l’OMS ? Qu’est-ce que la « santé », exactement ? Quelle définition donnerions-nous de ce concept ? Est-ce que « droit à la santé » ne signifierait pas aussi que les citoyens ont le droit de définir ce qu’ils entendent par « santé » ?

                        Qu’est-ce que la santé ?

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, la santé est « un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » On constate d’emblée que l’angle de vue est large. Il n’est pas centré sur le seul critère physiologique : bien-être mental et bien-être social sont également pris en compte. Est-ce à dire que les mesures actuelles ne seraient pas en accord avec cette définition ? De fait, une vision réduite, exclusivement focalisée sur la lutte biologique contre le virus, est loin de la vision « complète » préconisée. Les aspects de santé mentale, sociale, affective, émotionnelle, des citoyens sont délaissés. Les besoins relatifs au domaine moral et spirituel également. Pouvons-nous vraiment souscrire, collectivement, à cette façon de faire ?

                       Besoin d’échanges, de contacts, de convivialité.

Nous avons tous besoin que tous les aspects de notre santé soient pris en compte. Si ce n’est pas le cas, des carences se font jour et ces carences entraînent des conséquences dommageables.

Nous avons tous besoin, et cela nous est vital, d’échanges sensibles avec notre milieu naturel. Porter un masque en permanence, qui amoindrit notre prise d’air et nous prive de nombreuses odeurs, ne permet pas ces échanges. « Le sensible, dit Jacques Tassin, installe la présence des êtres au monde. Il leur confère une perception immédiate, un savoir sur la vie, s’agissant de la vie vivante, qui ne pourrait souffrir de distanciation. » (3)

Nous avons besoin d’échanges avec nos proches et cela aussi nous est vital. Nous avons besoin de contacts, de rencontres, de sourires. Nous avons besoin de lire sur des visages – connus ou inconnus – la diversité du vivant et de l’intégrer en nous. Cela construit notre équilibre. « Comprendre les messages émotionnels véhiculés par les gestes d’autrui et y répondre de façon adaptée détermine la qualité de notre vie sociale », affirme Julie Grèzes, du Laboratoire des neurosciences cognitives de l’Inserm. (4)

Nous avons besoin de partir chaque jour à l’aventure – même dans une vie très rangée en pleine ville -, à la découverte du monde. Nous avons besoin de projets. Et cela, quel que soit notre âge, quelle que soit notre situation de vie, notre expérience. La vie, ce n’est pas être séparé des autres. Ce n’est pas être sans contact, enfermé dans sa chambre. Ce n’est pas se tenir à distance. La vie, c’est toucher, renifler, goûter, approcher, sentir. C’est échanger de l’information – de façon verbale ou non verbale, intellectuelle ou sensorielle. La vie, c’est de la présence, de l’amour, de la violence parfois, de la subtilité, de l’intuition. Ça ne se réduit pas à quelques mécanismes biologiques.

La vie, c’est aussi du mouvement. Notre corps lui-même se transforme en permanence, nos cellules vieillissent et se renouvellent régulièrement. La vie qui va bien, c’est la vie qui circule, change de route, explore, avance et recule, fait un pas de côté, court, danse. Jamais la vie ne reste sur place. On ne peut pas arrêter l’air qu’on respire. On ne peut pas le couper. On ne peut pas le contenir. Chercher à contrôler la vie avec des « gestes barrières » a quelque chose de dérisoire. La vie coule, comme une source, et ne se tarit pas. Pour être en bonne santé, il nous faut laisser la vie circuler en nous, nous traverser.

                       Besoin de sens et de cohérence.

Pour être en bonne santé, nous avons aussi besoin de sens. De cohérence. Des contraintes, des règles, des prescrits, des interdits, doivent être validés dans notre conscience par le sens que nous leur accordons. Sinon, ce ne sont que des automatismes qui nous robotisent.

Contraindre une population entière à porter le masque en permanence, de façon obligatoire, sous peine d’une forte amende, a-t-il donc, en réalité, du sens, alors que l’utilité du masque chirurgical « grand public » continue de faire débat ? Alors que le mode de propagation du virus lui-même continue de faire débat ? (5) Quel que soit le contexte, se voir imposer des règles absurdes ou incohérentes ou fluctuantes ou inefficaces, entraîne perte de repères, frustration, sentiment de dévalorisation. La santé n’y est pas gagnante.

Réfléchissant de leur côté sur ce qu’ils appellent la « tyrannie du risque zéro », François Gémenne et Olivier Servais évoquent, eux aussi, cette question du sens : « la situation actuelle nous fait courir un autre risque : celui d’un effondrement sociétal à plus long terme, faute de fondement ou de sens. (…)  Peut-on vraiment, questionnent-ils, se donner pour objectif d’éteindre définitivement l’épidémie ? D’éliminer le virus de la société ? (…) Nous sommes d’avis que le risque zéro est une chimère destructrice. » (6)

                       Violation des droits humains.

Dans un rapport publié le 16/11/2020, Amnesty International Belgique dénonçait les nombreux dysfonctionnements intervenus dans les maisons de repos pendant la crise du Covid19, entre mars et octobre 2020, comme autant de violations des droits humains – droit à la santé, droit à la vie, droit à la non-discrimination. (7)

En réalité, il apparaît de plus en plus clairement que c’est notre droit à la santé à tous qui pourrait être lésé. Les mesures très contraignantes que le gouvernement a mises en place – qui sont de moins en moins des mesures « d’urgence » et prennent de plus en plus force de lois, appelées à être conservées dans la durée – nous ont plongés dans un univers extrêmement appauvri. Le secteur de la culture est moribond. Notre monde est devenu triste, ennuyeux à mourir, réduit, sans horizon, sans espace, sans liberté, sans contact, sans convivialité. Nous voici tous comme des oiseaux en cage, muselés, nous efforçant de chanter encore un peu à travers notre bâillon pour oublier que nous ne pouvons plus déployer nos ailes. Est-ce cela « être en bonne santé » ? Selon la Constitution de l’OMS, « les gouvernements ont la responsabilité de la santé de leurs peuples ; ils ne peuvent y faire face qu’en prenant les mesures sanitaires et sociales appropriées. » Pouvons-nous dire, dans les conditions de vie qui sont les nôtres actuellement, que le gouvernement fait son devoir ?

On sait maintenant, c’est une situation qui a été bien documentée, que de nombreuses personnes de tous âges se sont vu refuser l’accès aux soins hospitaliers dans le cadre de la crise sanitaire, du fait de la priorité donnée aux patients covid, avec parfois de très lourdes conséquences, notamment pour les personnes souffrant de cancers.(8) On sait aussi que de nombreuses personnes ont elles-mêmes renoncé à consulter, du fait de la pression psychologique exercée sur elles par l’information covid (angoisse d’être contaminé dans une salle d’attente, peur de « prendre la place » d’un patient plus gravement atteint, minimisation de certains troubles non-covid en considération de « l’importance » ou de la « gravité » de la pandémie, terreur irrationnelle inspirée par le milieu hospitalier, etc.).(9) Est-ce bien cela que nous considérons comme la meilleure façon de protéger notre santé ?

                       Les « gestes barrières » sont l’antithèse du vivant

Si les mesures sanitaires se révèlent asphyxiantes, inhumaines et intenables à long terme, sont-elles de bonnes mesures ? Les « gestes barrières », signes de repli, de refus de l’autre, de méfiance envers l’autre et envers soi-même, de rejet, d’isolement, sont l’antithèse du vivant. Tout le contraire de l’ouverture du cœur, de l’élan de solidarité, du renforcement des liens ; tout le contraire des attitudes proches, fortes et empathiques qui devraient nous être un soutien en ces temps de difficultés. Sur le long terme, ces « gestes barrières » ne finiront-ils pas par représenter un grave danger, pire que le virus ? Continuer à nous les imposer de façon autoritaire ne constituera-t-il pas, finalement, une atteinte à notre droit à la santé ?

D’autres mesures sanitaires pourraient être envisagées – comme, par exemple, des stratégies de renforcement du système immunitaire des personnes -, d’autres visions pourraient être dégagées, de nombreux spécialistes de toutes compétences consultés, mais non. Aucune proposition d’alternative ne paraît audible. Aucun appel n’a été fait à l’intelligence collective. Des personnalités du monde scientifique ont été sanctionnées pour avoir osé exprimer une contre-opinion. (10) Le gouvernement, appuyé exclusivement par le cadre restreint du conseil scientifique choisi par lui (à moins que ce ne soit l’inverse ?) décide et tranche, de façon unilatérale, autoritaire et dogmatique, attendant de nous silence, adaptation et soumission. Est-ce cela prendre soin de la santé des citoyens ? Est-ce qu’une politique de santé publique, dans une situation sanitaire aussi inédite, peut se permettre d’enjamber nos droits fondamentaux ? Et nous, pouvons-nous nous permettre d’acquiescer à des injonctions qui non seulement nous asservissent et annihilent nos libertés mais aussi sont susceptibles de nuire à notre bien-être, dans ses aspects essentiels ?

Pour être en bonne santé, nous avons certes besoin d’une protection physiologique contre les virus pathogènes. Et nous l’avons déjà : c’est notre système immunitaire. Mais nous avons aussi besoin de bien d’autres choses. Nous avons besoin de souffle, de liberté, d’insouciance, de confiance, de joie, de tendresse, de plaisir, de jouissance, de sport, de danse, de musique, de défoulements, d’élans, de conversations animées, de voyages, de sourires, d’embrassades, de jeux, de cris, de chants, de folklore… Toutes choses génératrices, inspiratrices, créatrices de liens. Elles ne sont pas une option. Elles nous sont vitales, essentielles. Elles nous sont une nourriture. Sans elles, nous mourons de faim ! Nourriture que la contemplation des visages de ceux que nous rencontrons. Nourriture, l’incroyable richesse des odeurs du monde. Nourriture, le vent frais sur nos joues et dans nos narines. Nourriture, le soleil sur notre peau. Nourriture, un bruyant défilé de carnaval à la fin de l’hiver. Nourriture, la conversation avec les collègues autour de la machine à café. Nourriture, une sortie nocturne au théâtre ou au concert.

                       Un gouvernement séparé des citoyens

Le gouvernement a-t-il travaillé à garantir et à conserver le « bien-être physique, mental et social » de tous les citoyens de ce pays ? A-t-il cherché à interroger la société civile sur ses priorités en matière de santé ? A-t-il cherché à rejoindre la multiplicité des perspectives qui peuvent constituer la santé, à les identifier, à les rencontrer ?

Dans sa gestion de l’épidémie, il semble que le gouvernement se soit appliqué à se séparer des citoyens. Il a adopté le ton d’un paternalisme archaïque. Il a consolidé une posture autoritaire, policière. En établissant un cadre strict de mesures-sanctions, en renforçant toujours davantage au fil du temps les mesures de contrôle et de répression, il n’en finit pas de réduire les citoyens au silence et d’entraver la liberté de conscience. Chacun est désormais prié d’adhérer entièrement, sans qu’aucun espace de critique soit prévu, à la vision réduite, matérialiste, limitée, de la santé qui a été définie comme la seule valide et qui est imposée. Pourtant, des impacts très préoccupants sur la santé mentale commencent à être documentés. (11) Mais pour s’autolégitimer et s’exonérer de toute responsabilité, nos décideurs délivrent un message abondamment martelé : lui aura tout fait, lui aura « décidé ce qu’il fallait décider ». (12) Si l’on assiste à une nouvelle vague de contaminations, ce sera forcément la faute du citoyen, qui n’aura pas respecté les mesures. Un message pervers, puisqu’il anticipe la « faute » du citoyen et fait peser sur lui, quoi qu’il arrive, la « responsabilité » de la propagation du virus.

Si les mesures que le gouvernement nous impose nous stérilisent, si elles nous robotisent et nous uniformisent, ne risquent-elles pas de faire de nous des êtres sans joie, sans visage, incapables de sourire, terrés chez eux, indifférents, dépersonnalisés, chagrins, gris ? Des êtres amoindris, demi-vivants, confits d’angoisses et de peurs, repliés sur eux-mêmes, cachés, séparés, coupés, absents du monde ? Et tout cela ne risque-t-il pas de se creuser encore davantage au fil du temps ?

Si nous n’y prenons garde, si nous continuons à accepter cette demi-vie exsangue, nous ne mourrons sans doute pas du covid. Mais nous allons mourir de faim, de soif, de tristesse et de déréliction.

Il n’y a pas le choix ? Si. Il y a le choix.

Notes :

(1) Plateau JT de la RTBF à 19h30, le vendredi 08/01/2021 et reportage JT RTBF 19h30, le lundi 18/01/2021.
(2) Publication OMS du lundi 14/12/2020 ; discours de Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur de l’OMS, du lundi 11/01/2021.
(3) Jacques Tassin, Pour une écologie du sensible, Odile Jacob, 2020, p.34.
(4) La découverte, relativement récente, des neurones miroirs, a permis d’identifier des phénomènes de représentations partagées, ainsi que de résonances motrices et émotionnelles. Ces phénomènes pourraient déterminer la capacité d’empathie vis-à-vis d’autrui. Voir André Guillain et René Pry, D’un miroir l’autre. Fonction posturale et neurones miroirs, Groupe d’étude de psychologie in Cairn.info https://www.cairn.info/revue-bulletin-de-psychologie-2012-2-page-115.htm ; Julie Grèzes, Les émotions, modes d’action et de communication, Inserm in www.ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/7692/MS_2011_08-09_683.html
(5) Vincent Nouyrigat, Déconfinement : la chasse aux superpropagateurs, in Sciences et Vie n°1240, janvier 2021.
(6) François Gemenne et Olivier Servais, La tyrannie du risque zéro, in Le Soir, 17/08/2020.
(7) https://www.amnesty.be/campagne/discrimination/droits-agees-pandemie-covid/maison-repos-covid19 16/11/2020
(8) https://www.who.int : Covid-19 significantly impacts health services for noncommunicable diseases – 01/06/2020
(9) https://www.moustique.be  : Les Belges ont massivement renoncé aux soins non-covid. https://uclouvain.be/fr/decouvrir/presse/actualites/coronavirus : Une personne sur deux renonce durablement aux soins de santé (05/06/2020).
(10) https://www.kairospresse.be/article/un-medecin-reanimateur-licencie-pour-ses-idees/ ; https://tribune-diplomatique-internationale.com/dr_pascal_sacrereanimateur_licencie_injustementcrise_coviddroit_de_reponse/ (23/10/2020) ; https://www.lci.fr : Didier Raoult poursuivi pour charlatanisme par l’Ordre des Médecins (par Audrey Le Guellec 12/11/2020) ; https://www.bfmtv.com : Les Professeurs Raoult, Perronne, Joyeux … visés par une plainte à l’Ordre des Médecins (22/12/2020).
(11) https://www.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2020-8-page-632.htm : Impact des mesures sanitaires sur la santé mentale – résultats préliminaires de l’enquête Covadapt ; https://www.francesoir.fr/opinions-tribunes/impacts-traumatiques-de-la-politique-sanitaire-actuelle-sur-les-enfants-un-constat-alarmant
(12) Frank Vandenbroucke, interview donnée en direct à la RTBF, à la sortie de la conférence de presse du Comité de Concertation du 27/11/2020.

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